Au XVII°[17°] siècle

  Le roi qui a dominé ce siècle et l’a marqué de son empreinte est Louis XIV[14], dit aussi : « Louis le Grand » ou « le Roi Soleil ». Son règne a duré soixante-trois ans.

  Alors qu’il était enfant, ce souverain avait failli être tué au moment de la Fronde (révolte des grands seigneurs de ce temps-là, conscients de perdre de plus en plus de pouvoir au profit de la royauté). Très vite après son avènement au trône, il attire à sa cour les seigneurs turbulents et orgueilleux en leur distribuant des charges [postes à responsabilité bien rémunérés], des rentes [revenus réguliers] et des honneurs divers (comme d’assister à son coucher, son lever, son repas ou d’être remarqués de lui). Ils les transforme ainsi en courtisans empressés et frivoles. La punition du seigneur qui a déplu au roi devient « l’exil », c’est-à-dire la relégation dans ses terres. Il est éloigné de la cour.

  Pour se mettre à l’abri des dangereuses émeutes qui peuvent secouer Paris ainsi que du bruit et des odeurs, Louis XIV veut quitter le Louvres. Il se fait donc construire à la campagne, pour lui, pour sa famille et pour sa suite, un grand château (le château de Versailles) qui sera souvent surpeuplé de seigneurs et de leurs suites, avec, autour, d’immenses et nombreux « communs » [=locaux destinés aux services et aux serviteurs] qui abritaient des milliers de personnes. Bref, une ville à la campagne.

  Dans cet univers luxueux (fêtes somptueuses), raffiné (le roi favorise notamment les arts plastiques et le théâtre) et plein d’intrigues redoutables, se retrouvent des seigneurs avec leurs suites et des gens venus des quatre coins du pays. On raconte toujours et dans tous les milieux. Mais on met les contes au goût du jour, c’est-à-dire à la mode de Versailles (sauce Robert dans La Belle au Bois Dormant de Charles Perrault ; robe couleur de soleil dans Peau d’Âne, du même auteur, qui rappelle celle tissée de fils d’or portée par madame de Montespan, maîtresse en chef à cette époque du souverain ; somptuosités des châteaux, meubles, bijoux, vêtements et repas ; disparition des particularités régionales).

  L’Eglise catholique reste puissante et omniprésente. Mais les recherches scientifiques sont mieux acceptées (Pascal, Descartes), à condition de ne pas contredire la doctrine religieuse.

  On commence à essayer de fixer des règles rigoureuses à la poésie et au langage (Malherbe, Boileau).

  Parmi ces passionnés de « beau langage », on trouve un certain Charles Perrault, le célèbre auteur de contes (onze en tout). C’est lui qui, pour la première fois, différencie « le conte » du « romanesque » (voir : Au Moyen-Âge) et des autres formes littéraires. Mais, comme Charles Perrault est aussi un grammairien et un académicien sérieux, il attribue ses contes à son fils et les dit écrits pour des enfants.

  Le conte, en tant que genre littéraire, continue de se dévaluer lentement. Ainsi Jean de la Fontaine rédige ses fables (douze livres) pour l’enseignement des enfants, dont le jeune dauphin [=l’héritier de la couronne royale]. En fait, elles s’adressent plutôt aux adultes. Ces fables sont essentiellement inspirées de fables grecques (Esope, Phèdre) ou originaires de l’Inde (Le Pancatantra). Elles étaient écrites en prose. Mais, au XVII°[17°] siècle, on versifiait beaucoup. La Fontaine les a donc versifiées.

  Cependant des aristocrates [=des membres de la noblesse], dont une nièce de Charles Perrault, des membres du « haut clergé » [=des prêtres ou des évêques issus de la noblesse] et de riches bourgeois (voir : Au Moyen-Âge) se réunissent pour conter, écouter et écrire des contes traditionnels ainsi que des « féeries » [=modernes contes de fées, bonnes ou mauvaises] pour leur plaisir d’adultes. Au XVII°[17°] siècle, on se faisait connaître en publiant. Et ces contes étaient très souvent publiés. Le plus connu de cette époque est L’Oiseau Bleu de madame d’Aulnoy. Ces publications seront regroupées plus tard sous l’appellation : Le Cabinet [=petit local de toilette, d’aisance ou de rangement sans fenêtre] des Fées.

  Enfin les adultes, y compris les gens sérieux, se régalent aussi des récits exotiques (et pour certaines versions, érotiques) des Mille et une Nuits (voir : Au Moyen-Âge) traduits en français à cette époque d’après de vieux manuscrits arabo-persans.

Au XVIII°[18°] siècle

  La royauté, et avec elle la toute-puissance de l’Eglise, va être balayée par la révolution française de 1789. La notion de « royaume » est remplacée par celle de « nation ». Le fédérateur [=celui qui rassemble et unit] n’est plus le roi, encore moins le seigneur comme au Moyen-Âge, mais la langue parlée et comprise par la majorité de la population. Le culte religieux devient (pas pour très longtemps) celui de la Déesse de la Raison. La vie politique, économique et culturelle est désormais concentrée dans les villes, sauf pour la production agricole.

  C’est vers la fin de cette époque que naissent, en Allemagne, Jacob Grimm (fondateur de la philologie [=étude de l’évolution d’une langue] allemande) et son frère Wilhem Grimm. Tous deux étaient linguistes et écrivains. Ils sont surtout connus pour avoir réunis et publiés, sous le titre Contes d’Enfants et du Foyer, de nombreux (211 ou 212) contes traditionnels [=connus seulement par le bouche à oreilles] germaniques. Ils les avaient collectés dans les différents petits états allemands. L’un des buts de ce travail était de faciliter l’unification en une seule nation de ces divers petits duchés, comtés ou principautés autour non d’une personne humaine mais d’un bien commun malgré quelques variantes régionales : la langue. (Aujourd’hui encore, on définit principalement une « ethnie » par sa langue.) Ces contes sont peu réécrits et gardent leur fraîcheur et leur force originelles.

  Florian publie des fables à l’imitation de La Fontaine, toujours pour enseigner les enfants.

  Berquin, dit « l’ami des enfants », invente des récits et contes moraux à but éducatif (probablement destinés au jeune dauphin, celui qui devait mourir de misère au Temple, et aux enfants de la noblesse).

  Mais d’autres adultes, riches et oisifs, continuent « le Cabinet des Fées ». Le conte le plus connu de cette époque est La Belle et la Bête de madame Leprince de Beaumont.

  Enfin les adultes sérieux, passionnés de savoir universel (première rédaction de L’Encyclopédie sous la direction de Diderot) et de philosophie (c’est « le siècle des lumières »)  se régalent de contes philosophiques : Micromégas (extraterrestre critiquant la terre) et Candide de Voltaire ; Jacques le Fataliste de Diderot.