Au Moyen-ÂgeDu V°[5°] siècle au X°[10°] siècle

  En arrivant sur ce territoire riche et raffiné, chaque chef de guerre germain s’emparait par la force du bout de terre qui était à sa portée et qu’il défendait contre les nouveaux arrivants. Les populations autochtones étaient réduites en esclavage (pour les paysans attachés à la terre, on disait : servage). A noter que les maîtres germains étaient généralement grands et blonds, les autochtones souvent de type méditerranées : petits et bruns. Ce système va initier le régime féodal qui perdurera dans toute sa force jusqu’au XV°[15°] siècle et ne disparaîtra tout à fait qu’à la révolution, à la fin du XVIII°[18°] siècle.

  Au Moyen-Âge, la richesse se mesure essentiellement à la surface de terre possédée, la puissance à la capacité guerrière. L’idéal est d’ailleurs celui du guerrier. Les activités  culturelles sont centralisées dans le(s) château(x) où résident le seigneur et sa « maison » (famille, serviteurs et entourage) et dépendent du bon vouloir de ce dernier. Seule l’Eglise catholique, omniprésente, protège et pérennise les connaissances qu’elle a pu sauvegarder, et tout d’abord la lecture et l’écriture (ce sont les moines qui recopient et « enluminent » [=illustrent et ornent de peintures] à la main [d’où leur appellation de « manuscrits] les textes, les sauvant ainsi de l’oubli) car elle est consciente du pouvoir du savoir. Mais, sans doute pour la même raison, l’Eglise voit d’un mauvais œil les recherches animées par un esprit scientifique. Pour elle, l’important pour chacun n’est pas d’être heureux sur cette terre (« la vallée de larmes ») mais après la mort en « faisant son salut », c’est-à-dire en gagnant le droit que son âme immortelle aille au paradis (et non en enfer) après la mort du corps.

  Les universités sont instituées seulement à partir du XIII°[13°] siècle (Ex. : la Sorbonne).

  Avec le temps, un équilibre précaire finit par s’instaurer entre les forces en présence, laissant la place à des « villes franches » [=autonomes, c’est-à-dire non asservies à un seigneur] qui sont auto-gérées par les « bourgeois » [les marchands et les artisans] qui l’habitent. Elles sont bien sûr fortifiées.

  L’apogée de cette civilisation est généralement située aux XII°[12°] et XIII°[13°] siècles.

  Les contes et récits de ce millénaire qui nous sont parvenus sont imprégnés de ces modes de pensée. Les plus anciens datent, en France du IX°[9°] siècle. Nous ne pouvons parler ici que d’écrits. Parmi les plus connus, citons :

  -  Le cycle [=ensemble d’œuvres –poèmes, récits, romans, etc.- groupés autour d’un seul fait, d’un héros unique] du roi Arthur, roi légendaire breton des V°[5°]-VI°[6°], dont les premiers récits écrits apparurent vers le XII°[12°] siècle (avec l’enchanteur Merlin et Lancelot du Lac),

  -  Le Roman de Renart (encore un « cycle »), à peu près à la même époque,

  -  Mélusine, la fée qui épousa un mortel et redevenait périodiquement serpent.

Sans oublier :

  -  les chansons de gestes, longs récits d’exploits guerriers, vers le IX°[11°] siècle,

  -  Les fabliaux, petits contes des XII°[12°] et XIII°[13°] siècles, versifiés et drôles, souvent coquins, pourvus d’une morale plus ou moins appropriée mais nécessaire pour justifier l’opportunité de raconter cette histoire,

  -  Les « exempla » (du latin : un « exemplum », des « exempla »), petits récits que les prêtres racontaient en chaire à la messe lors du sermon pour « servir d’exemples » et, aussi, pour rendre son sermon plus attrayant,

  -  Les « vies de saints », dès le IX°[9°] siècle.(L’ensemble des récits tirés de l’histoire religieuse, ou bien où l’on trouve des personnages tirés de l’histoire religieuse - personnages qui remplacent souvent les divinités anciennes-, constitue ce que l’on nomme : « la légende dorée ».)

  Les contes, légendes [=histoire déformée ou embellie par l’imagination] et récits populaires qui nous sont parvenus oralement sont largement inspirés de ces récits du Moyen-Âge.

  A la même époque :

En Chine, au VII°[7°] siècle, on écrit Le Voyage en Occident, énorme ouvrage qui comporte Le Roi des Singes, une étonnante histoire dont s’inspirent largement les films, téléfilms et dessins animés japonais pour la jeunesse.

Le Roman d’Antar, poète et héros préislamique fils d’une esclave noire, célèbre en Afrique du Nord, apparaît à peu près à la même époque.

En Perse (actuel Iran), dès le X°[10°] siècle, on commence à rédiger Les Mille et une Nuits (Aladin et la lampe merveilleuse, Ali-Baba et les quarante voleurs) qui ne seront traduites en français qu’au XVII°[17°] siècle.

Le Pop Wuh, texte des indiens mayas (actuel Mexique), naît au XV°[15°] siècle.

  Mais nous savons aussi, par de multiples témoignages écrits, que, durant cette époque, raconter faisait partie du quotidien. Les voyageurs, soldats, marins, marchands, colporteurs, pèlerins, étudiants, apprentis et compagnons [=ouvriers appartenant à une corporation] contaient pour occuper le temps, distraire, attirer la clientèle ou enseigner. Ils ont ainsi contribué à répandre bien des histoires.

  Les troubadours, trouvères et jongleurs soit exerçaient leur art pour quelque seigneur, soit allaient de villes en villes, de villages en villages, contant et se donnant en spectacle pour gagner leur vie.

  Les familles, voisins et amis se réunissaient volontiers en « veillées » lors des longues soirées d’hiver pour resserrer les liens sociaux, préparer les mariages futurs, effectuer de menus travaux,(filer, écaler les noix, etc.), chanter, danser et, bien sûr, conter et écouter des histoires.

Au XVI°[16°] siècle

  Les seigneuries font peu à peu place à un royaume plus vaste et, sinon tout à fait unifié, du moins en voie d’unification. Les villes prennent de l’importance. Le château royal (le Louvres) n’est d’ailleurs plus à la campagne, comme l’étaient presque tous ceux des seigneurs féodaux (voir : Au Moyen-Âge) mais au milieu d’une cité (Paris) qui est, elle-même devenue la capitale [=le centre politique et administratif] du pays.

  L’Eglise est gravement contestée par les Protestants (d’où les sanglantes guerres de religion) mais reste puissante. L’idée de ne pouvoir trouver le vrai bonheur qu’après la mort (« faire son salut », « gagner le paradis ») laisse peu à peu la place à celle du droit au bonheur sur cette terre prônée par ceux qu’on appelle : « les humanistes » (Rabelais, Montaigne).

  On redécouvre, à l’occasion de guerres menées en Italie, la civilisation gréco-romaine dont tout le monde s’éprend (architecture, arts plastiques, littérature). C’est « la Renaissance ».

  Enfin apparaît l’imprimerie qui favorise la transmission écrite de textes ou de récits sérieux et considérés comme importants. Ils sont généralement rédigés dans la langue du savoir, le latin. Le premier ouvrage publié est : La Bible. Les livres coûtent encore cher. Ils sont réservés aux gens riches, cultivés et adultes. Ils sont de plus en plus nombreux. Ceci se fait évidemment au détriment de l’oral.

  Mais les adultes, sérieux ou non, se régalent toujours de longs récits écrits, lus ou contés, pleins de « merveilleux » [=pleins de faits où la magie intervient], de surnaturels emprunté aux légendes [=récits imaginaires à partir d’un fait réel] (c’est le cas des géants Gargantua, Pantagruel et Grandgousier dont Rabelais conte les aventures) et de rebondissements. Dès le Moyen-Âge, les récits de ce genre étaient rédigés dans la langue d’usage appelée non pas « le français » (ceci viendra plus tard) mais « le roman » (du mot « romain » qui désignait le latin très, très dégradé parlé par les soldats romains du V°[5°] siècle et qui a fini par donner le français). On en est donc venu à appeler l’ensemble des récits de ce type, quelque soit l’époque à laquelle ils sont publiés : « le genre romanesque ».

  Le conte oral reste apprécié de tous.