Au XIX°[19°] siècle

  La révolution industrielle transforme la société. Des fortunes se constituent (voir : La Fortune de Gaspard de la comtesse de Ségur). Des paysans deviennent ouvriers et citadins déracinés. On se passionne pour le progrès et pour la science (clefs du savoir définitif et du bonheur de l’humanité) et, parallèlement, on rejette tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la superstition. Ou alors on cherche des preuves qu’on veut objectives de l’existence des esprits (Victor Hugo et ses tables tournantes) ou des fées (Conan Doyle, écrivain anglais créateur du personnage de Sherlock Homes). Mais, en même temps, on craint aussi les dangers d’une science dont l’usage serait mal maîtrisé (Ex. : Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley en Angleterre ; L’étrange cas du Dr Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson en Angleterre)

  On raconte encore, mais surtout dans les campagnes. En ville, on préfère faire la lecture à haute voix (voir : Le Bon Petit Diable de la comtesse de Ségur) ou raconter des « récits de vie » (voir : En Vacances de la comtesse de Ségur, suite de : Les Petites Filles Modèles, lui-même suite de : Les Malheurs de Sophie). Les contes n’y sont pas oubliés. Mais, ils sont relégués au rang d’histoires pour amuser et éduquer les enfants (Revue : Le Magasin d’Education et de Récréation). Et s’ils ne sont pas assez moraux, on les arrangent (Ex. : dans Les Trois Ours, la vieille femme qui avait déjà remplacée la renarde du récit d’origine, devient une petite fille prénommée Boucles d’Or).

  C’est aussi l’époque où fleurissent des récits d’auteurs inspirés du monde des « contes de fées » et destinés aux enfants : feuilletons (Pinocchio de Collodi, en Italie), nouvelles (Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll, en Angleterre) ou romans (Peter Pan de James Badie, en Angleterre).

  Le seul écrivain successeur du Cabinet des Fées (voir : Au XVII° siècle et Au XVIII° siècle) est la comtesse de Ségur dans ses cinq Nouveaux Contes de Fées qu’elle a inventé pour ses petits-enfants.

  Seul Hans-Christian Andersen, un écrivain (et non un linguiste) danois, destine ses contes aux adultes (Ex. : L’Ombre). Mais beaucoup sont utilisés pour les enfants (Ex. : Le vilain Petit Canard, courte nouvelle qui narre de façon transposée l’enfance difficile et l’émergence à l’âge adulte de l’auteur : fils d’une prostituée, il rêvait de devenir écrivain).

  Enfin beaucoup de gens, enseignants, amateurs éclairés et quelques scientifiques, prennent conscience que les « contes traditionnels » [=à cette époque on commence à les appeler aussi : « contes populaires »] risquent de disparaître. Ils commencent à les recueillir [=collecter].                                                                                                                                                           

  Quant aux adultes et gens sérieux, ils se régalent de contes fantastiques [=irruption dans le quotidien d’un surnaturel inquiétant et mystérieux] essentiellement publiés en feuilletons (C’est ainsi qu’on pouvait « vivre de sa plume ») dans les journaux par presque tous les écrivains du temps. (Ex. : Guy de Maupassant –La main d’écorché- ; Gérard de Nerval –Les filles du feu-; Victor Hugo ; Edgar Poe –Histoires Extraordinaires- , un américain traduit par Charles Baudelaire ; Dracula de Bram Stocker en Angleterre ; les Contes des Frères SérapionCasse-Noisette- de E.T.A. Hoffmann en Allemagne)

Au XX°[20°] siècle

  La guerre de 14-18 marque la fin d’un monde et l’avènement de l’époque moderne avec sa technologie triomphante : électricité, cinématographe, téléphone, train, voiture, avion et, à peine plus tard radio, télévision, fusée, électronique, etc. Les campagnes se vident au profit des villes.

  Le conte traditionnel disparaît peu à peu. En 1975, il semble mort, rejeté comme : « non réel »,

« trop effrayant », « décadent », « réactionnaire », « caduque », ou si défiguré qu’il est méconnaissable.

Ses variantes affadies sont surtout connues à travers le dessin animé américain (Walt Disney pour les petits ; Tex Avery pour les plus grands).

  Pourtant le conte survit encore en bibliothèque. En effet, en 1924, sous l’influence des américains qui en ont déjà mis en place chez eux pour essayer d’intégrer des gens de populations très diverses, on crée en France la première bibliothèque enfantine : L’Heure Joyeuse (devenue : La Joie par les Livres), dans laquelle, comme aux U.S.A., on pratique « L’Heure du Conte ».

    Il est également l’objet d’études de chercheurs de plus en plus nombreux (Revue des ethnologues : C.L.O. ou Cahiers de Littérature Orale).

  A la même époque (dans les années 20), l’avènement de la mécanique quantique va contribuer à révolutionner la pensée scientifique et faire éclater bien des certitudes. Il faut environ cinquante ans pour qu’une découverte scientifique arrive dans le domaine public. Dans ce cas précis, cette découverte participe à un changement de société qu’on situe, généralement, pour la commodité, en 1968. Avant, le monde paraissait fini, défini, déterminé, prévisible, certain. Les contes n’y avaient pas leur place. Après, il semble infini, indéfini, indéterminé, imprévisible, incertain.

  La conjoncture est favorable au retour du conte et le lieu privilégié est tout trouvé : les bibliothèques où, vaille que vaille, L’Heure du Conte se perpétue. Mais les bibliothécaires commençaient à s’épuiser. Il leur faut donc un organisme avec un personnage charismatique pour les re-motiver. Ce sera le C.L.I.O. ou Centre de LIttérature Orale, initié vers 1975. Ce nom n’a pas été choisi au hasard. Il comporte une référence scientifique (C.L.O., la revue des ethnologues) et artistique (chez les grecs, Clio était la muse [=la déesse inspiratrice] de la poésie épique [=épopée] et de l’histoire). Les personnes qui sont à l’origine de ce groupe faisaient partie du théâtre associatif de L’Epée de Bois. Dès le début ces conteurs ont été et sont toujours institutionnalisés, c’est-à-dire subventionnés et soutenus de diverses manières par les ministères et les D.R.A.C.S., ce qui dénote une volonté politique certaine.

  En 1981, le C.L.I.O. et La Joie par les Livres (ex L’heure Joyeuse et organisme officiel des bibliothèques) s’unissent à une association de retraités, L’Âge d’Or, pour créer, à la faveur d’une demande de plusieurs séances de contes gratuites au musée Beaubourg, un atelier inter-âge (le seul de L’Âge d’Or) de contes, qui a été et est encore un creuset de formation et de rencontres de conteurs sur la région parisienne.

Au XXI°[21°] siècle

  Actuellement, le conte est en pleine expansion. Il est devenu un bon filon commercial. Il y a de plus en plus de qualité au niveau des éditions. Le nombre des conteurs professionnels (évalué à environ trois cents), amateurs ou racontant dans le cadre de leur profession augmente régulièrement.

  Le merveilleux réservé aux adultes est la science-fiction (Ex. : Dune, de Franck Herbert aux U.S.A) et, plus récemment, la fantaisy-fiction (Ex. : Le Seigneur des Anneaux de Tolkien en Angleterre).

                                                                                                       Hélène LOUP

                                                                                                       Fait à Sceaux en septembre 2003