Le blog d'Hélène Loup

16 août 2019

LES MEGOTS OU COMMENT FUMER GRATIS - Contes pour Monique et Pierre - N°25

LES MEGOTS, OU COMMENT FUMER GRATIS

Petit problème posé par Jean quand nous avons commencé à « nous fréquenter »

 

 

Un clochard avait l’habitude de ramasser des mégots pour faire ses cigarettes. Avec trois mégots, il en fabriquait une.

Ce jour-là, il n’avait pu trouver que quatre mégots. Il s’est donc roulé une première cigarette et il l’a fumée.

Il lui restait un mégot. Ce n’était pas assez pour faire une deuxième cigarette. Il a réfléchi. Et il a réussi à se faire une deuxième cigarette.

 

  

Question :

Comment a t’il fait ?

  

 

Réponse :

Le clochard a récupéré le mégot de la cigarette qu’il venait de se faire et de fumer. Avec le mégot trouvé, cela lui en faisait deux.

 Puis il a emprunté un mégot à un collègue. Cela lui faisait donc trois mégots. Il a alors pu se rouler une deuxième cigarette qu’il a fumée.

 Et il a rendu à son collègue le mégot qui lui restait.

 

 

  

NOTE : l’histoire ne dit pas quel goût avait cette deuxième cigarette… Quant au goût de celle que s’est faite le collègue avec un mégot fumé, refumé et re-refumé, je préfère ne pas le savoir !

 

 

  Illustration : des doigts qui roulent une cigarette avec du papier... transparent

 

  

La solution de ce petit problème reprend le même genre d’astuce que celle du

Partage des chameaux :

 

On emprunte ce qui manque,

et on le rend une fois l’opération terminée

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15 août 2019

SEIFOUDDINE - Contes pour Monique et Pierre - N°24

Seifouddine

 

  Dans les temps anciens vivait, à Khorasan*, le conteur le plus admirable du monde. Il se nommait Seifouddine**. Quelques centaines de princes et de marchands l'invitaient chaque soir à leur table. Mais il ne venait jamais. Un jour, un riche horticulteur de Boukhara*** lui offrit un pont d'or. Et il vint. Trois cents invités, bouleversés d'avance, attendaient sa venue.

 

Au premier récit, tous les yeux s'extasièrent.

Au deuxième, les rossignols firent silence et les pétales des roses effeuillées dans la fontaine s'approchèrent jusqu'au bord de la vasque.

Au troisième, les chiens se turent et chevaux et ânes accoururent sous les murs du palais.

Au trente-septième, les cinquante-deux invités du premier rang s'affalèrent les uns sur les autres épuisés, sept chameaux s'en allèrent en titubant, dix-huit ânes se trompèrent d'écurie.

Au soixante-quinzième, les rossignols tombèrent de leurs arbres et les derniers convives encore éveillés s'effondrèrent, leurs index fichés dans leurs oreilles.

Au deux cent deuxième, le maître de maison, seul à être resté impavide, vaincu, appela le Sheitan****, autrement dit Satan, qui se présenta aussitôt.

-    Délivre-moi, dit l'horticulteur d'une voix exsangue.

-    Pour prix de mon service, répondit le diable, je veux ton épouse bien-aimée, la jeune et belle Saltan Bibi*****. Je viendrai la chercher demain soir.

  Le marchand fit « oui » d'un souffle exténué. Le Sheitan emporta Seifouddine.

 

  Le soir du lendemain, quand il revint chercher son salaire, son teint était cireux, ses joues creusées, ses yeux cernés d'ombre malsaine. Seifouddine en était à son cinq millième conte quand il l'avait chassé de son enfer.

Le marchand lui dit :

-    Saltan Bibi t'attend. Pour te plaire, elle a appris tous les contes du grand Seifouddine et te les dira jour et nuit sans repos.

  Le Sheitan épouvanté s'enfuit. L'épouse demeura.

 

Quant à Seifouddine, il est toujours sur terre. Il va disant. Ses contes sont sans fin. Son chemin aussi.

  

Conte persan - D'après Henri Gougaud, «L'arbre d'amour et de sagesse »

 

 ILLUSTRATION : assemblée de bédouins écoutant un conteur.

 

 COMMENTAIRE : 

Seifouddine est un conte d’enseignement à l’usage des conteurs eux-mêmes.

Cette petite histoire est souvent racontée aux jeunes conteurs (et quelquefois aux plus vieux oublieux de cette règle de savoir-vivre ensemble) pour leur rappeler que, si le conteur conte pour son plaisir, il conte aussi pour celui de ses auditeurs, tel est le contrat tacite qui les lie le temps de la contée. Or un conteur peut conter durant des heures et des heures. Mais le temps d’écoute d’un auditeur adulte moyen est de 45 à 60 minutes, et ne dépasse pas 90 mn pour un excellent auditeur, même quand le conteur est aussi bon que Seifouddine.

Nous comparons parfois cela au plaisir de déguster un bon gâteau. On peut se régaler d’un deuxième. Mais ensuite, cela écœure, peut rendre malade, voire dégoutter à vie !

 

 

NOTES

 

* Khorasan : région du Nord de l’Iran – prononcer la dernière syllabe comme s’il y avait un e muet après le n : Khorasan(e)

 

**Seifouddine ou Saifouddine ou Seiffoudine : prononcer la première syllabe comme s’il y avait un tréma sur le i, comme la première syllabe du mot seyant, la diphtongue « èill ». Nom encore en usage de nos jours.

 

***Boukhara : ville d’Ouzbékistan (au nord par rapport à l’Iran)

 

****Sheitan ou Shaitan ou Cheitan : diable ou, au sens plus large, démon, esprit pervers – Etymologiquement, ce mot vient de l’araméen et de l’hébreu : Satan – Prononcer la première syllabe comme s’il y avait un tréma sur le i, « chèill », en diphtongue – Prononcer la deuxième syllabe comme s’il y avait un e muet après le n : « cheill tan(e)»

 

*****Saltan Bibi : – prononcer la dernière syllabe de Saltan comme s’il y avait un e muet après le n : Saltan(e) – Bibi signifie « heureuse, sainte ». Ce titre est donné aux femmes que l’on veut honorer en Perse.

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14 août 2019

LES HABITS GOURMANDS - Contes pour Monique et Pierre - N°23

LES HABITS GOURMANDS

 

Il était une fois, en Turquie, un pauvre homme qui s’appelait Nasrudin. Tout le monde le croyait idiot mais l’était-il vraiment ? A vous d’en décider !

Ce jour-là, le sultan mariait sa fille et, selon la coutume, il avait invité tout le monde au banquet de la noce.

Nasrudin, qui avait toujours l’estomac dans les talons, s’est bien sûr précipité vers le palais. Et, pour la première fois de sa vie, il s’est retrouvé dans la salle du trône, face au sultan, le Soleil des Soleils.

Evidemment Nasrudin n’était pas très bien habillé : ses vêtements étaient usés, pleins de trous et pas très propres, lui non plus d’ailleurs. Il a donc été placé dans un coin au fond de la salle.

Et Nasrudin a vu passer et repasser des quantités de plats mais aucun n’est parvenu jusqu’à lui et il s’est dit :

- Si ça continue comme ça, je n’aurai que les odeurs et les restes à

manger !

Il est sorti du palais et il est allé voir plusieurs de ses voisins.

Au premier, il a demandé de lui prêter un beau turban blanc bien propre ; au second, une robe d’un jaune éclatant ; au troisième, un splendide manteau, au quatrième, des babouches en soie brodée.

Ensuite Nasrudin est allé aux bains publics se faire poncer, épiler, nettoyer… puis chez le barbier. Et il a revêtu les magnifiques habits empruntés à ses voisins.

Quand Nasrudin s’est présenté à la porte du palais, il n’a pas dit un seul mot. Il semblait être quelque ambassadeur étranger. On l’a donc fait entrer avec tous les honneurs dus à sa condition et on l’a placé à la droite du sultan.

Au cours du festin, Nasrudin qui, cette fois, avait droit aux meilleurs morceaux, s’est mis à faire des gestes étranges. Il a donné à manger quelques miettes du gâteau échevelé* à son turban. Il a versé du vin dans les poches de son manteau. Il a barbouillé sa robe de riz au safran. Et, sous les yeux ébahis de toute l’assistance, il a offert des morceaux d’agneau rôti à ses babouches.

Au comble de l’étonnement, le sultan a fini par lui demander :

- Mais, noble étranger, est-ce la coutume dans ton pays de donner

à manger à ses vêtements ?

- Quand je suis venu vêtu de mes vieux habits déchirés, les plats

n’arrivaient pas jusqu’à moi, répondit le Hodja**. Maintenant que

je porte de beaux vêtements, les meilleurs plats me sont

présentés. J’en conclus donc que c’est à mes habits que la

nourriture est offerte et je leur en donne leur part.

 

 Illustration : Nasreddine de dos, avec son beau manteau, mais dont les revers présentent des rapiéçages. En noir et blanc

  

NOTES

* gâteau échevelé : un gâteau au miel raffiné de Turquie

** le hodja : titre donné aux enseignants coraniques ou plus généralement aux enseignants en Turquie. Appellation habituelle de Nasrudin, ou Nasreddine, ou Nasr Eddin Hodja.

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13 août 2019

LE PARTAGE DES CHAMEAUX - Contes pour Monique et Pierre - N°22

LE PARTAGE DES CHAMEAUX

 

 

Un homme avait trois fils. Quand il meurt, on ouvre son testament. Il y est écrit :

« Je lègue à mon fils aîné la moitié de mon troupeau de chameaux,

« le quart à mon puîné

« et le sixième à mon benjamin.

« Codicille : les chameaux doivent rester vivants et entiers. »

 

Or le troupeau se composait de onze chameaux. Les trois garçons sont perplexes. Finalement, ils vont trouver le kadi (un équivalent du notaire - juge de paix - juge de proximité du Maghreb ancien) pour lui soumettre le problème. Celui-ci réfléchit, sourit et leur dit :

- Je vous prête l’un de mes chameaux. Faites le partage puis rendez-le moi.

Les trois garçons emmènent le chameau du kadi, font le partage comme il était écrit dans le testament et ramènent son animal au kadi.

 

 

Questions :

Comment ont-ils fait ?

Et combien chacun a-t-il reçu de chameaux ?

 

 

Réponse :

Les garçons ont ajouté le chameau du kadi au troupeau. Le nouveau troupeau était donc de :

11 chameaux + 1 chameau = 12 chameaux

 

Puis ils ont procédé au partage à partir du nouveau troupeau de 12 chameaux :

L’aîné a pris la moitié de 12, soit 12 : 2 = 6 chameaux

Le puîné a pris le quart de 12, soit 12 : 4 = 3 chameaux

Le benjamin a pris le sixième de 12, soit 12 : 6 = 2 chameaux

 

Ils ont pris en tout : 6 + 3 + 2 = 11 chameaux.

Reste du nouveau troupeau de 12 bêtes : 12 – 11 = 1 chameau,

 

celui du kadi, qu’ils ont ramené à son propriétaire.

 

 

 Illustration : un troupeau de dromadaires

 

  

La même histoire se raconte avec 17 dromadaires à partager en :

la moitié pour l’aîné,

le tiers pour le cadet,

le neuvième pour le benjamin,

et c’est :

 - dans la version arabe, un kadi qui, passant par là et les voyant prêts à abattre et dépecer les dromadaires,

leur prête celui sur lequel il était monté le temps du partage, puis le récupère et repart avec,

le partage achevé

- dans la version de l'Inde (le Pakistan a été dans l'empire indien à certaine époque), un fakir qui, passant par là

sur son vieux chameau (au Pakistan, ce sont des chameaux qui étaient utilisés), les voyant se disputer

car ils ne parviennent pas à trouver une bonne solution pour obéir à leur père,

(dans cette version, pas de testament écrit, mais une déclaration du père à ses fils la veille de sa mort)

leur prête celui sur lequel il était monté le temps du partage, puis le récupère et repart avec,

le partage achevé

Solution du partage : 17+1=18  -  Moitié de 18 = 9 // Tiers de 18 = 6 // Neuvième de 18 = 2 // 9+6+2 = 17 

CQFD

(Ce Qu'il Fallait Démontrer)

 

NOTE : les dromadaires se rencontrent plutôt dans les déserts chauds. 

            Les chameaux se rencontrent plutôt dans les déserts froids.

            Le dromadaire est un chameau dont, en fin de gestation, les deux bosses se fondent en une seule.

            Il n'est donc pas faux d'appeler un dromadaire : chameau. C'est seulement imprécis.

 

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10 août 2019

LE PROFESSEUR DE PARESSE - Contes pour Monique et Pierre - N°21

LE PROFESSEUR DE PARESSE

 

 

 

Sous un figuier aux larges feuilles sombres et aux fruits bleus et chauds de soleil, il y avait un homme allongé, la bouche grande ouverte. Quelqu'un vint à passer et, tout étonné demanda :

- Mais que faites-vous donc ?

- J'attends qu'une figue tombe dans ma bouche.

- Excellente idée ! Je vais suivre votre exemple.

 

Il s'étendit. Bientôt une figue tomba entre les jambes des deux hommes.

- Est-elle plus près de vous ou de moi ? demanda le premier.

- De vous, dit le second.

- Donc, elle est à moi. Auriez-vous l'amabilité de la mettre dans la bouche ?

Le nouveau venu ramassa la figue entre ses deux orteils et la lança dans la bouche de son voisin.

- Ma parole ! Vous êtes encore plus paresseux que moi, soupira le premier

avec admiration. Accepteriez-vous de me prendre comme votre humble

disciple ?

- Avec plaisir.

 

Il fut décidé d'attendre le lendemain pour accomplir la cérémonie rituelle, car la conversation les avait bien assez fatigués pour ce jour.

Le lendemain, à midi, le futur disciple frappa à la porte de son futur maître. Il apportait un régime de bananes en offrande à Confucius qui est le patron tout à la fois des érudits, des maîtres et des disciples.

- Je n'ai pas de table où déposer votre cadeau, dit l'hôte en ouvrant la

porte. Veuillez aller en chercher une dans la cour.

- Oh! Non! Je suis déjà bien trop fatigué... Prenons mon dos en guise de

table à offrandes, répondit le visiteur.

Et, disant ces mots, il s'agenouilla et posa ses mains à plat sur le plancher.

- Je crois qu'hier nous avons fait une erreur : vous êtes certainement plus

paresseux que moi ; à mon tour de vous demander d'être mon maître, dit

l'hôte.

Mais la "table", à genoux, s'était déjà endormie...

 

 

Conte du Viet-nam

 

Trois petites illustrations : 

- Un chat endormi étendu de tout son long

- Gaston Lagaffe endormi profondément

- Une citation d'Albert Einstein : "Un homme qui lit trop et qui fait trop peu d'efforts cérébraux prend vite des habitudes de paresse d'esprit."

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09 août 2019

COMBIEN Y A-T-IL D' ÂNES ? Contes pour Monique et Pierre - N°20

Combien y a-t-il d’ânes ?

 

  

Nasreddin avait acheté sept ânes au marché. Selon l’habitude des âniers, il les avait attachés l’un derrière l’autre et menait l’animal de tête par le licol. A chaque instant, il les comptait et les recomptait. Il avait si peur qu’on les lui vole !

- Un ! Deux ! Trois ! Quatre ! Cinq ! Six ! Sept ! Ils y sont tous !

 

Au bord du chemin, était un homme qui se reposait sous un figuier. Quand il voit Nasreddin compter et recompter ses ânes, il se met à rire.

- Pourquoi ris-tu ? demande le Hodja.

- Je ris de te voir te fatiguer à marcher alors que tu as sept ânes pour te porter.

- Tu as raison, dit Nasreddin.

 

Et il monte sur le dos de l’animal de tête. Il s’aperçoit alors que, de sa place, il ne voit plus les autres bêtes. Il ne verrait même pas venir un voleur, s’il y en avait un. Il se retourne et, toujours juché sur son âne, il se remet à compter :

- Un ! Deux ! Trois ! Quatre ! Cinq ! Six !!! Il m’en manque un !

 

L’homme, sous le figuier, éclate à nouveau de rire.

Est-ce que j’aurais mal compté ? se demande Nasreddin.

Il descend de son âne et compte :

Un ! Deux ! Trois ! Quatre ! Cinq ! Six ! Sept ! Ils y sont tous !

 

 

Il regrimpe sur sa monture. Mais l’homme, sous son figuier, rit de plus belle. Alors le Hodja, sans mettre pied à terre, se retourne et compte encore :

- Un ! Deux ! Trois ! Quatre ! Cinq ! Six !!! Il m’en manque un !

 

Mais comme l’homme se tord, s’étouffe presque de rire, Nasreddin, furieux, l’apostrophe :

- Puisque tu es si malin, compte donc mes ânes au lieu de rire et dis-moi : il y

en a six ou il y en a sept ?

- Moi, j’en vois huit ! répond l’homme.

  

PHOTO DE SIX ÂNES 

 

D’après cette photo, quand Nasreddin compte ses ânes, est-il assis sur celui qui est en tête, ou a-t-il mis pied à terre ?

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08 août 2019

TOURISME ET IMMIGRATION - Contes pour Monique et Pierre - N° 19

Tourisme et immigration

 

  

Ch’ha est mort. Il est allé tout droit au Paradis. C’est beau. C’est bien. C’est calme. C’est si calme qu’il finit par s’ennuyer ferme.

- Dieu, dit-il, laisse-moi aller voir en Enfer comment c’est. Juste pour savoir.

Je reviendrai vite.

- Soit, répond Dieu. Mais juste un jour, et une seule fois.

 

Ch’ha descend. Il arrive en pleine fête. Il y a des amoncellements de plats raffinés, du vin, des chants, des danses, des rires, de belles filles … Il ne s’ennuie pas un instant. Mais il est très fatigué quand il remonte au Paradis.

 

 

Lorsqu’enfin il est remis, l’ennui le reprend.

- Dieu, dit-il, laisse-moi retourner une journée en Enfer.

- Si tu y vas une deuxième fois, tu ne pourras pas revenir, répond Dieu.

Tu devras y rester toujours.

- J’accepte.

 

Et Ch’ha redescend. C’est l’horreur : la fournaise, les tourments, les démons, les damnés …

- Dieu ! hurle-t-il, pourquoi d’abord la fête et maintenant ça ?

C’est un petit diable ricanant qui lui répond :

- Il ne faut pas confondre tourisme et immigration.

 

  

NOTA : Création récente d’immigrants maghrébins en France – D’après plusieurs versions orales

Recueilli par Jean-Claude CarrièreLe Cercle des menteurs – Plon

 

  

 

 Illustration utilisée :

Triptyque du chariot de foin

                                                                                       Jérome Bosch

 

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07 août 2019

LA FEMME-FLEUR, CONTE DEVINETTE - Contes pour Monique et Pierre - N°18

La femme-fleur

 

Un homme avait une femme qu’il aimait beaucoup. La femme aussi aimait son mari. Mais, tous les matins, au lever du soleil, elle disparaissait. Et tous les soirs, au coucher du soleil, elle réapparaissait. Un jour, ou plutôt une nuit, l’homme dit à sa femme :

- Je voudrais tant que nous soyons ensemble aussi le jour !

- Moi aussi je le voudrais, soupira la femme. Mais hélas, comme tu sais, c’est

impossible à cause du mauvais sort qui pèse sur moi.

- Il doit bien y avoir un moyen de conjurer ce sort ! insista le mari.

- C’est trop difficile et dangereux, soupira l’épouse. Tu peux me perdre à

jamais.

- Comment cela ? questionna encore l’homme.

- Eh bien voilà. Tout le jour, je suis une fleur perdue au milieu de centaines de

fleurs dans la prairie qui se trouve juste à l’entrée de la forêt. Je ne sais pas

d’avance à quel endroit je vais me retrouver. Ce n’est jamais le même. Et

toutes les fleurs de cette prairie sont exactement semblables : même taille,

même couleur, même nombre de pétales et de feuilles disposés de la même

manière, même parfum. Pour me délivrer, il faudrait que, au moment où je

disparais le matin, tu ailles dans la prairie et que tu me cueilles. Tu n’as le

droit de cueillir qu’une seule fleur. Si tu en choisis une autre, je resterai

fleur aussi la nuit. Et si tu me prends après une ou plusieurs autres, ou en

même temps, je mourrai. Tu vois, c’est trop difficile et trop dangereux. N’y

pense plus.

 

Le mari a acquiescé. Mais il ne pouvait s’empêcher d’y penser. Et à force d’y penser, il a trouvé la solution. Un matin, comme sa femme venait de disparaître, il s’est rendu dans la prairie, il a cherché la bonne fleur, il l’a trouvée, il l’a cueillie et sa femme a été délivrée de son mauvais sort.

 

 

Question : Comment le mari a-t-il pu reconnaître la bonne fleur à coup sûr ?

 

 Réponse : Sa femme était la seule fleur qui n’était pas couverte de rosée.

  

D’après le Conte-devinette des frères Grimm

 

  

NOTE : Je mets toujours, au dos du texte envoyé à mes aînés, si présents quand j'étais jeune, maintenant touchés par une fin de vie très difficile, une illustration, photo ou image, généralement piquée dans le Net.

Mais, pour une raison que j'ignore, depuis les modifications des divers géants du Net, je ne parviens plus à mettre des images dans le blog. Dommage, il y en a de très drôles ! Celle utilisée pour ce conte était une prairie remplie de jonquilles comme nous en avons découvert avec émerveillement, Jean et moi, dans les Vosges, il y a de cela plus de cinquante ans aujourd'hui. Avec ce commentaire en-dessous :

En souvenir des prairies de jonquilles vosgiennes

 

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06 août 2019

LA LOUCHE - Contes pour Monique et Pierre N°17

La louche

 

 

 Il pleuvait à torrent, comme il peut pleuvoir dans les Cévennes. Ce brave curé de campagne voit arriver un soir, dégoulinant d’eau, son évêque qui lui demande l’hospitalité jusqu’au lendemain.

Grand affolement dans la petite cure. Le curé rajoute précipitamment du bois dans le feu, installe le prélat devant l’âtre flambant, conduit l’âne à l’écurie, lui donne une bonne brassée de foin et le bouchonne soigneusement, tout en intimant l’ordre à sa bonne de préparer un bon repas et de sortir nappe, vaisselle et argenterie des grands jours. La bonne s’exécute.

 

Séché, réchauffé, restauré, régalé d’un vin délicieux, l’évêque passe une nuit tranquille dans la chambre réservée aux invités de marque puis, le ciel s’étant éclairci, repart de bonne heure le lendemain matin.

Cependant, la bonne lave, range vaisselle fine et verres en cristal dans le buffet, couverts d’argent dans les écrins. C’est alors qu’elle s’aperçoit qu’il manque la louche. Le curé y tenait comme à la prunelle de ses yeux. C’était la plus belle pièce de son argenterie. Elle cherche, regarde partout, même dans les ordures. En vain. Elle questionne le curé. Non, il n’a pas pris la louche ! Pourquoi ?

Pendant une semaine, tous deux fouillent et retournent toute la cure, écurie et jardinet inclus. En vain.

Il faut se rendre à l’évidence : l’évêque a volé la louche !

 

Ulcéré, le curé prend sa plus belle plume et écrit la lettre que voici :

« Monseigneur,

Je ne sais pas si vous avez pris ma louche,

je ne sais pas si vous n’avez pas pris ma louche,

mais toujours est-il que, depuis votre venue, ma louche a disparue. »

 

Une semaine plus tard il reçoit de l’évêque une lettre ainsi conçue :

« Mon fils,

je ne sais pas si vous couchez avec votre bonne,

je ne sais pas si vous ne couchez pas avec votre bonne,

mais toujours est-il que, si vous couchiez dans votre lit, il y a longtemps que vous auriez retrouvé votre louche. »

  

 

NOTA : Je tiens ce petit conte irrévérencieux des Cévennes de mon facétieux parpaillot de mari !

 

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05 août 2019

ET MAINTENANT, DORS ! - Contes pour Monique et Pierre N°16

ET MAINTENANT, DORS !

 

  

Mardochée (ou Ch’ha, ou Nasreddin*) se tournait et se retournait dans son lit,

 sans arriver à trouver le sommeil. Sa femme, qu’il empêchait de dormir,

 l’entendant soupirer à fendre l’âme, lui demande :

 - Qu’as-tu donc ?

 - Je dois cent pièces d’or à notre voisin d’en face pour demain matin, et je ne

 les ai pas. Je n’en ai même pas une.

 

 L’épouse se lève, ouvre la fenêtre et appelle :

 - Voisin d’en face ! Les cent pièces d’or que mon mari te doit pour demain

 matin, il ne les a pas ! Il n’en a même pas une.

  

Puis elle referme la fenêtre et se recouche en disant.

 - Et maintenant, dors ! C’est lui qui ne dort pas.

 

  * adaptation à partir de plusieurs versions écrites et orales d’un conte facétieux appartenant aux deux traditions sémites, juive et maghrébine

 

 

 

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