La femme-fleur

 

Un homme avait une femme qu’il aimait beaucoup. La femme aussi aimait son mari. Mais, tous les matins, au lever du soleil, elle disparaissait. Et tous les soirs, au coucher du soleil, elle réapparaissait. Un jour, ou plutôt une nuit, l’homme dit à sa femme :

- Je voudrais tant que nous soyons ensemble aussi le jour !

- Moi aussi je le voudrais, soupira la femme. Mais hélas, comme tu sais, c’est

impossible à cause du mauvais sort qui pèse sur moi.

- Il doit bien y avoir un moyen de conjurer ce sort ! insista le mari.

- C’est trop difficile et dangereux, soupira l’épouse. Tu peux me perdre à

jamais.

- Comment cela ? questionna encore l’homme.

- Eh bien voilà. Tout le jour, je suis une fleur perdue au milieu de centaines de

fleurs dans la prairie qui se trouve juste à l’entrée de la forêt. Je ne sais pas

d’avance à quel endroit je vais me retrouver. Ce n’est jamais le même. Et

toutes les fleurs de cette prairie sont exactement semblables : même taille,

même couleur, même nombre de pétales et de feuilles disposés de la même

manière, même parfum. Pour me délivrer, il faudrait que, au moment où je

disparais le matin, tu ailles dans la prairie et que tu me cueilles. Tu n’as le

droit de cueillir qu’une seule fleur. Si tu en choisis une autre, je resterai

fleur aussi la nuit. Et si tu me prends après une ou plusieurs autres, ou en

même temps, je mourrai. Tu vois, c’est trop difficile et trop dangereux. N’y

pense plus.

 

Le mari a acquiescé. Mais il ne pouvait s’empêcher d’y penser. Et à force d’y penser, il a trouvé la solution. Un matin, comme sa femme venait de disparaître, il s’est rendu dans la prairie, il a cherché la bonne fleur, il l’a trouvée, il l’a cueillie et sa femme a été délivrée de son mauvais sort.

 

 

Question : Comment le mari a-t-il pu reconnaître la bonne fleur à coup sûr ?

 

 Réponse : Sa femme était la seule fleur qui n’était pas couverte de rosée.

  

D’après le Conte-devinette des frères Grimm

 

  

NOTE : Je mets toujours, au dos du texte envoyé à mes aînés, si présents quand j'étais jeune, maintenant touchés par une fin de vie très difficile, une illustration, photo ou image, généralement piquée dans le Net.

Mais, pour une raison que j'ignore, depuis les modifications des divers géants du Net, je ne parviens plus à mettre des images dans le blog. Dommage, il y en a de très drôles ! Celle utilisée pour ce conte était une prairie remplie de jonquilles comme nous en avons découvert avec émerveillement, Jean et moi, dans les Vosges, il y a de cela plus de cinquante ans aujourd'hui. Avec ce commentaire en-dessous :

En souvenir des prairies de jonquilles vosgiennes