Je raconte l'ODYSSEE depuis une trentaine d'années à présent. Je raconte ce texte en octosyllabes en neuf heures de temps, soit plusieurs épisodes d'environ une heure et demi repartis sur une seule nuit, avec de courts entr'actes d'un quart d'heure, ou sur plusieurs journées. Les seuls Récits d'Alkinoos prennent environ trois heures, deux parties donc.

Certes, parmi les diverses traductions existantes, celle de Victor Bérard est souvent considérée comme la plus belle et la plus poétique. Et il est vrai qu'elle ne manque pas de charme. Mais elle se lit plus qu'elle ne se raconte. Elle est en alexandrins, un vers noble et qui coule bien. Mais qui coule avec majesté, donc avec lenteur. Or, dans certains passages, notamment dans les Récits d'Alkinoos (où Ulysse raconte lui-même ses pérégrinations, juste avant de revenir enfin chez lui), l'action est rapide, forte.

  J'ai donc préféré un rythme qui puisse s'adapter tant à la lenteur, le lyrisme, qu'à une succession d'actions précipitées et brutales. En outre, un conteur, sauf quand il "dit" des textes littéraires (dans mon cas, quelques récits fantastiques de Guy de Maupassant et quelques-unes des "Histoires comme ça" de Rudyard Kipling dans la traduction, un peu datée mais à ce jour inégalée de Robert d'Humières et Louis Fabulet) doit pouvoir se garder une possibilité d'improvisation. Pour cela, le rythme de l'octosyllabe (je n'ai pas joué sur les rimes mais plutôt sur les sonorités et, bien entendu, les rythmes) est très souple.

  J'ai d'ailleurs donné un passage de ce long travail, accompli seule, sans aide ni "nègre" évidemment (comment s'imprégner mieux d'un grand récit que d'en faire soi-même la transcription à partir de plusieurs traductions reconnues et d'un travail de recherche sur ces périodes de l'antiquité avec, au passage, de petites notations qui donnent le sens, par exemple, des lauriers verts autour de la grotte du Cyclope, etc...)dans le livre que nous avons réalisé en commun, Chantal Ferdinand et moi, "Conter aux adolescents - Une merveilleuse aventure". 

C'est le passage d'Ulysse chez le Cyclope Polyphème.

  Cette aventure a inspiré un créateur plastique contemporain et sa compagne tout aussi célèbre que lui chez les amateurs d'art moderne, Jean Tinguely et Nikki de Saint Phalle.

  Ils ont créés, et cela leur a pris des années, une énome tête de cyclope de 22,50 mètres de haut à Milly-la-forêt, et qui se visite. A partir de 8 ans. Cela se visite, en visites guidées, pour un prix qui est moindre que celui d'une place de cinéma. Mais comme c'est situé dans la forêt, cela ne dure que d'avril-mai à octobre-novembre. Rien n'empêche cependant d'aller regarder de l'extérieur, quand le soleil veut bien se montrer.

  Pour tous renseignements complémentaires, cliquez sur ce lien : www.lecyclop.com ou recopiez-le dans votre moteur de recherche préféré. Et bonne visite.

  Un dernier mot : l'expérience montre que les jeunes d'aujourd'hui, des maternelles à l'après bac, adorent la mythologie, notamment celle des grecs et des romains qui imprègnent encore et toujours notre civilisation. Mais les autres aussi. Science-fiction et Fantaisie-fiction s'en inspirent d'ailleurs beaucoup, que ce soient les romans et nouvelles comme les films, réussis ou non. Alors, n'hésitez pas ! Après tout, la mythologie n'est-elle pas la source de bien de nos vieux contes ("La Belle et la Bête", par exemple), des certaines réflexions de Freud ("le complexe d'Oedipe"), pour ne citer que ses suites les plus positives ?

  La revue Historia de janvier-février 2010, n°123, a pout thème "Le monde d'Ulysse". Ce numéro nous montre différentes facettes du célèbre voyageur et de l'oeuvre qui conte ses pérégrinations, l'Odyssée. Il s'agit d'un travail de vulgarisation assez large qui s'adresse au tout public et pas aux chercheurs et spécialistes. Mais c'est un bon point de départ, avec des précisions intéressantes et bien documentées. On y parle aussi de la tête monumentale du cyclope créée par Jean Tinguely, avec sa compagne Niki de Saint Phalle avec une photo qui m'a donné envie d'aller sur le site d'abord du net puis, plus tard, sur le site réel.