L'EVENTAIL

 Sagesses et malices de Nasreddine, le fou qui était sage - p. 149

 Par une journée très chaude d'été, un homme riche, mais connu dans le quartier pour son avarice, s'arrête devant un étal où sont disposés des éventails.

Il en désigne un au marchand :

    • Combien ?

    • Dix €uros.

    • Ah non ! C'est trop cher ! Et celui-là ?

    • Cinq €uros.

    • C'est encore bien cher ! N'avez-vous pas moins cher ?

    • Celui-ci ne vaut que trois €uros. Il est beau et très léger.

    • Et ce petit, là, à droite ?

    • Celui-là ne vaut pas grand chose. Je le vends pour un €uros.

    • Je le prends.

 L'homme paie, prend le petit éventail et s'en va. Dix minutes plus tard il revient furieux :

    • Votre éventail ne vaut rien ! J'ai fait à peine dix pas qu'il était déjà cassé !

    • Comment l'avez-vous utilisé ? demande le marchand calmement.

    • J'ai fait ainsi, comme on fait avec tout éventail, répond le client en secouant l'éventail cassé devant son visage.

    • Ah non ! répond le marchand. On fait ainsi avec l'éventail qui vaut dix €uros. On le fait aussi avec celui qui en vaut cinq. On peut même à la limite le faire avec celui qui en vaut trois. Mais avec celui qui coûte un €uros, il faut faire comme ceci.

Et, tenant l'éventail immobile devant son visage, le marchand secoue vivement la tête.