Un jour, un homme traversait un bois. Il trouva un loup pendu par le pied au haut d'un chêne.  

   – Homme, dit le loup, tire-moi d'ici [...] ! J'étais monté sur ce chêne pour y prendre un nid de pie. En descendant, j'ai pris mon pied dans une branche fendue. Je suis perdu, si tu n'as pas pitié de moi.

   – Je te tirerais de là avec plaisir, répondit l'homme ; mais j'ai peur que tu me manges quand tu seras dépendu.

   – Homme, je te jure de ne faire aucun mal, ni à toi, ni aux tiens, ni à tes bêtes.

L'homme dépendit le loup. Mais à peine celui-ci fut-il à terre qu'il commença à le regarder de travers

   – Homme, je suis affamé. J'ai grande envie de te manger !

   – Loup, tu sais ce que tu as juré !

   – Je le sais ; mais à présent, je suis dépendu, je ne veux pas mourir de faim !

   – On a bien raison de dire, Loup : "de bien faire le mal arrive !" Si tu veux, nous allons consulter sur notre cas cette chienne qui vient vers nous.

   – Je veux bien, Homme.

   - Chienne, le loup était pendu par le pied au haut du chêne. II y serait mort si je ne l'avait dépendu. A présent, pour ma peine, il veut me manger. Cela est-il juste ?

  — Homme, je ne suis pas en état de vous juger. J'ai bien servi mon maître jusqu'à présent. Mais quand il m'a vue vieille, il m'a jetée dehors pour n'avoir plus à me nourrir et m'a chassée dans le bois. On a bien raison de dire : "De bien faire, le mal arrive".     — Alors, Loup, dit l'homme, nous allons consulter, sur notre cas , cette vieille jument.

  — Je veux bien, Homme.

  — Jument, le loup était pendu par le pied au haut d'un chêne. Il y serait mort si je ne l'avais dépendu. Maintenant, pour ma peine, il veut me manger. Est-ce juste ?

  — Homme, je ne suis pas en état de vous juger. J'ai bien servi mon maître jusqu'à présent. Mais quand il m'a vue vieille, il m'a jetée dehors pour n'avoir plus à me nourrir et m'a chassée dans le bois. On a bien raison de dire : "De bien faire, le mal arrive."     — Alors, loup, dit l'homme, nous allons consulter le renard sur notre cas.

  — Je veux bien, Homme.

  — Renard, dit l'homme, le loup était pendu par le pied au haut du chêne. Il y serait mort si je ne l'avais dépendu. Maintenant, pour ma peine, il veut me manger. Cela est-il juste ?

  — Homme, dit le renard, je ne suis pas en état de vous juger avant d'avoir vu l'endroit.

lls partirent tous trois et arrivèrent au pied du chêne.

  — Comment étais-tu pendu, Loup ? demanda le renard.

  — Le loup monta sur le chêne et se remet comme il était avant d'être dépendu par l'homme.

  — J'étais ainsi pendu, Renard.

  — Eh bien, Loup, demeure-le.

Le Renard et l'homme s'en allèrent. Quand il fallut se séparer, l'homme remercia le renard, et lui promit de lui porter, pour ses peines, le lendemain matin, une paire de poules grasses.

En effet, le lendemain matin, l'homme arriva portant un sac.

    - Voici les poules, renard.

Aussitôt il ouvrit le sac d'où sortirent deux chiens qui étranglèrent le pauvre renard.

On a bien raison de dire : "De bien faire, le mal arrive".

 

Henri Bergson disait : "N'écoutez pas ce qu'ils disent, regardez ce qu'ils font."

Cette citation fut plusieurs fois reprises par Vladimir Jankelevitch, et même par Albert Einstein qui avait coutume de dire :

"Si vous voulez savoir comment fonctionnent les scientifiques, n'écoutez pas ce qu'ils disent. Regardez ce qu'ils font."

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