Jacques Brel
L'AIR DE LA BÊTISE
1957

Extrait du célèbre opéra "La vie quotidienne"

Mère des gens sans inquiétude
Mère de ceux que l'on dit forts
Mère des saintes habitudes
Princesse des gens sans remords
Salut à toi Dame Bêtise
Toi dont le règne est méconnu

Salut à toi Dame Bêtise
Mais dis-le moi comment fais-tu?

Pour avoir tant d'amants
Et tant de fiancés
Tant de représentants
Et tant de prisonniers
Pour tisser de tes mains
Tant de malentendus
Et faire croire aux crétins
Que nous sommes vaincus
Pour fleurir notre vie
De basses révérences
De mesquines envies
De noble intolérance

De mesquines envies
De noble intolérance
De mesquines envies
De noble intolérance

Mère de nos femmes fatales
Mère des mariages de raison
Mère des filles à succursales
Princesse pâle du vison
Salut à toi Dame Bêtise
Toi dont le règne est méconnu
Salut à toi Dame Bêtise
Mais dis-le moi comment fais-tu?

Pour que point l'on ne voie
Le sourire entendu
Qui fera de vous et moi
De très nobles cocus
Pour nous faire oublier
Que les putains les vraies
Sont celles qui font payer
Pas avant mais après
Pour qu'il puisse m'arriver
De croiser certains soirs
Ton regard familier
Au fond de mon miroir

Ton regard familier
Au fond de mon miroir
Ton regard familier
Au fond de mon miroir.

  C'est à la suite d'une conversation avec une amie de longue date que cette chanson m'est revenue. A la suite de cette conversation qui faisait elle-même suite à une petite scène de ce que j'appelle "la bêtise ordinaire", Mahi la "bêtise positive" et Jehan "la bêtise à l'état pur à 99,9%", dans le train qui me conduisait à Houlgate où j'allais conter. Cette bêtise qui n'a rien à voir avec la neurologie ou le QI et que haïssait Brel car, disait-il, ce n'est bien souvent que de la paresse d'esprit. Cette bêtise que savent si bien flatter, valoriser, encourager et exploiter les avides de pouvoir, inconscients de révéler ainsi la profondeur de la leur ! Et gare à qui jouerait le terrible rôle, volontairement ou, pire, involontairement, de miroir. Un miroir, cela se brise !

  Un soi-disant (il est des plaisantins pour adorer inventer des proverbes) proverbe chinois (à cette époque, la planète paraissait encore vaste, on prenait moins l'avion, Internet n'existait pas, le téléphone hors métropole coûtait cher, le courrier prenait du temps, et on connaissait si mal les autres cultures qu'on pouvait sans risques d'être démenti prêter, en un racisme trop ordinaire, ses propres fantasmes aux "autres" peuples des "autres" continents) affiché dans quelque vitrine il y a bien des années disait : "Plus le singe monte haut, plus il montre son cul". J'aime bien cet aphorisme ! Pardon aux habitants de la Chine dont le pays jouait surtout ici le rôle de "mise au loin" à la façon des habitants d'autres planètes et/ou d'autres mondes dans nos sciences et/ou fantaisy-fictions (quel nom de pays jouait ce rôle en Chine ? Le nôtre ?).  Mais j'aime bien cet aphorisme. Quelque soit le pays, la culture, l'époque, il est toujours vrai.