UN CRI A LA PATINOIRE

  Tout commença par un petit cri aigu comme Clémence enfilait son patin gauche.

-         Pourquoi cries-tu comme ça ? demanda Clément.

-         Mais… ce n’est pas moi !

-         C’est qui, alors ? s’étonna Clémentine.

-         Peut-être lui, murmura Clémence en regardant d’un air soupçonneux le garçon blond qui, debout face à eux, le pied sur un banc, finissait de nouer son lacet.

-         Ca venait de TON patin, prononça avec assurance le garçon aux cheveux couleur de lune. J’en suis certain. J’ai une très bonne oreille. C’était un contre-ut. Un do aigu, si vous préférez.

  Et il partit sur la glace sous l’œil  médusé des trois Clés, comme ils s’appelaient eux-mêmes.

  Quand le trio monta sur la piste, peu encombrée à cette heure tardive, ils virent « Cheveux-de-Lune », comme le surnommait Clémence en son fors intérieur, pirouetter avec aisance non loin d’eux. Décidément, ce garçon avait quelque chose d’irritant

  Soudain, il y eut le même petit cri perçant. « Cheveux-de-Lune », surpris, s’étala de tout son long sur la glace, heurta brutalement la barrière et resta là, stupide, à contempler son pied droit. Les trois amis glissèrent jusqu’à lui.

-         Ca va ?

-         Vous avez entendu ? dit pour toute réponse le garçon.

-         Oui ! Encore un… un « do aigu », riposta Clémence. Et cette fois, ça venait bien de toi !

-         Oui… ! Non ! Ca venait de mon pied, de mon patin, il m’a semblé. Comme toi tout à l’heure.

  Clément fronça les sourcils.

-         C’est peut-être le cuir qui crisse.

-         Ou alors une souris. Ca couine un peu comme ça, dit Clémentine.

-         Une souris !? Dans nos patins !? Tu crois ? frissonna Clémence.

  Une responsable de la patinoire s’approcha.

-         Les enfants, vous allez finir par provoquer un accident. Sur la piste, on patine. Pour parler, c’est hors piste.

  Cheveux-de-Lune se releva et se dirigea vers la sortie :

-         Il est tard, il faut que je rentre à l’appartement.

-         Moi de même, dit Clément. Clémence et Clémentine aussi.

  Et comme « Cheveux-de-Lune » se retournait, stupéfait, bouchant le passage, il ajouta en souriant :

-         Et moi, c’est Clément. Alors on dit les trois Clés.

Dis… ! Il vaudrait mieux sortir tous de là ou nous allons nous faire encore gronder.

« Cheveux-de-Lune » se remit en marche. Il était aussi à l’aise sur ses lames que s’il se fut agit de larges semelles. Clémence, qui avançait précautionneusement, le trouvait de plus en plus agaçant.

-         Et toi, comment te nommes-tu ? questionna-t-elle, pour se donner une contenance, en se laissant tomber sur un banc.

-         Clem. Enfin, mon vrai nom, c’est Clémentin, comme ma mère, comme ta copine aussi, sans le e final. Mais je préfère Clem.

    La piste s’était vidée. C’était le moment de refaire la surface de la glace. Le moteur de la machine se mit en route. Le dernier patineur sortit à son tour et se dirigea vers les vestiaires. Les trois Clés devenus quatre, achevèrent de se chausser et allèrent rendre leur patins.

  Soudain, le même petit cri strident retentit sur la glace. Toutes les têtes se tournèrent. Le conducteur descendit avec prudence de son véhicule, passa devant, inspecta le sol lentement, soigneusement.

-         Rien ! fit-il enfin aux deux responsables qui l’interrogeaient du regard.

-         Je parie que c’est une souris, s’exclama Clémence d’une petite voix. Il a dû l’écraser.

  Le conducteur s’était remis au volant de son engin et avait repris son travail. Mais derrière lui, la glace restait blanche et la mince pellicule d’eau ne révélait aucune trace sanglante.

  Le lendemain, d’un commun accord, les trois Clés devenus quatre se retrouvèrent à la patinoire après la fermeture des pistes de ski. Ils prirent leurs patins tout en racontant leurs exploits et leurs chutes de la journée. Le temps était clair, froid. Le verglas du matin avait peu à peu laissé la place à une neige plus souple et agréable. Comme ils se chaussaient, secouant discrètement leurs patins à l’envers au cas où la souris serait revenue, ils entendirent l’une des responsables grommeler :

-         Cette fiche est tâchée. Regarde le tréma sur le e de Noël. Le point de droite. Il est rouge et brillant ! Je me demande ce que c’est.

-         Tu es une daltonienne dyslexique, ou alors tu te trompes, sourit sa collègue. Il y a bien un point brillant sur le e de Noël, mais il est vert et à gauche ! Repasse par dessus au feutre noir.

-         J’aurais pourtant juré… !  Regarde, il bleuit ! C’est quoi, ce truc ?

  Elle avança un doigt décidé, mais resta là, hésitante. Le petit point bleu scintilla un court instant sur son ongle et disparut, tandis que les deux points du tréma redevenaient noirs et opaques.

-         Nous voudrions des patins, dit un homme qui n’aimait pas attendre. Pour ma femme, le petit et moi. On m’a dit que vous mettiez des sortes de déambulateur sur glace à la disposition des jeunes patineurs débutants. Mon fils a quatre ans.

-         Oui, monsieur. Vous les trouverez sur la piste.

  Les quatre amis glissaient déjà depuis un moment quand le couple, soutenant l’enfant mal assuré, entra sur la piste, l’amena à un déambulateur.

-         Tiens-toi à çà, dis la maman.

  Mais quand les menottes saisirent la barre, on entendit un cri perçant, suivi d’un hurlement de l’enfant qui tomba en arrière et des exclamations des deux adultes. Les quatre Clés qui faisaient assaut de vitesse l’évitèrent de justesse

-         Arrête tes bêtises, relève-toi et tiens-toi correctement, gronda le père.

-         Non, je veux pas ! Ca crie ! J’ai peur !

Et le gamin se retourna, sortit à quatre pattes, poursuivi par ses parents contrariés et perplexes. Ils s’en prirent aux deux responsables de la patinoire désolées, impuissantes et s’en allèrent enfin, très fâchés. 

-         Il se passe tout de même de drôles de choses depuis quelques jours, murmura l’une des femmes en tournant et retournant le déambulateur sans rien voir y d’anormal. Au salon de thé aussi, il paraît qu’il y a eu ce même cri bizarre quand quelqu’un s’est assis sur un fauteuil. Ca a même parlé. Le monsieur était furieux.

-         Ca a parlé !?

-         Oui. « Fais attention, le gros ! », ou quelque chose comme ça. Et comme ce client était effectivement énorme, il n’a pas apprécié. Il y a eu également une petite fille qui a réclamé un autre cake parce que le sien avait « perdu son petit diamant rouge ». Ca a fait toute une histoire.

-         Sur le tréma aussi, ça avait l’air d’un « petit diamant rouge ». Sauf que ça changeait de couleur et d’endroit ! La… la patinoire est hantée, tu crois ?

-         Je pense plutôt que quelqu’un s’amuse à nous faire des blagues. Mais je ne sais pas comment il s’y prend.

  A ce moment-là, une belle jeune femme entra dans la patinoire et s’approcha de la barrière :

-         Clem ! Il faut rentrer. Il est tard.

-         Oui, Cléo. J’arrive. C’est ma mère, ajouta-t-il pour ses amis en se dirigeant vers la sortie.

-         Je croyais que ta mère se nommait Clémentine comme moi, balbutia l’intéressée.

-         Tu appelles ta mère Cléo ? s’étonna Clément

-         Mais elle n’est pas du tout blonde, elle est…, elle est… s’étrangla Clémence

  La jeune femme éclata de rire.

-         Je suis la belle-mère de Clem. Sa vraie maman était blonde, comme lui, et elle s’appelait Clémentine. Mais, malheureusement, elle est morte à sa naissance. Mes parents à moi sont originaires de la Martinique. Il y a beaucoup de gens qui ont la peau foncée comme la mienne, là-bas. Et vous pouvez m’appeler Cléo. C’est moins pédant que Cléopâtre.

-         Cléo, s’il te plait, dis-leur l’histoire de la Puce Camélée, supplia Clem.

-         Quoi, maintenant ?

-         Pendant qu’on se change. Je t’en prie !

-         Soit. Après tout, l’histoire est simple. Dans la bibliothèque que je fréquentais petite, il y avait une conteuse. Une fois, elle nous a raconté qu’il y avait depuis quelques temps à la bibliothèque de drôles de petits incidents, des cris dans l’aspirateur ou les livres, des points brillamment colorés qui apparaissaient et disparaissaient, et aussi une voix qui parlait. En fait, c’était une Puce Camélée, qui habitait avec beaucoup d’autres dans l’arc-en-ciel, changeait de couleur à volonté, vivait de l’air du temps et qui avait choisi cette bibliothèque pour faire son voyage initiatique, avant de retourner chez elle épouser son Puce Léon qui l’attendait.

-         Je crois qu’il y a une Puce Camélée dans la patinoire, prononça gravement Clément, tandis que les deux autres hochaient la tête.

-         C’est ça, sourit Cléo. Et moi je suis la reine d’Angleterre, blanche de peau et rousse de cheveux ! Assez rêvé. On y va, les enfants. Et ne va pas parler de ça à ton père, Clem. Tu sais qu’il a horreur de ce genre de délire.

  Le lendemain, les trois Clés devenus quatre arrivèrent trop tard pour la partie de hockey-balai, comme ils disaient. Les équipes étaient au complet. Ils regardaient, appuyés à la balustrade, quand le palet vint heurter violemment le bord. Ils entendirent nettement un cri suraigu puis une petite voix :

-    Mais ils sont fous ces humains !

-         Ne reste pas sur la glace, susurra Clem en s’accroupissant et en fixant un petit point qui changeait à toute allure de couleur sur la piste. C’est dangereux quand on est si petit.

-         Tu crois que c’est la Puce Camélée ? demanda Clémence.

  Le point cessa soudain de varier de teinte. Au bout de quelques instants, on entendit une petite voix aigüe demander :

-         Vous me connaissez ?

  Pendant les quatre jours qui suivirent, il ne se passa plus rien d’anormal à la patinoire. Mais plusieurs fois, les parents de Clem d’abord, ceux de Clément le deuxième jour, de Clémence le troisième et de Clémentine le quatrième, crurent entendre une petite voix inconnue. Les enfants leurs affirmèrent qu’ils s’amusaient à jouer les ventriloques. Le jour de Noël, comme parents et enfants goutaient de quelques crêpes, selon un rituel bien établi, dans quelque restaurant des Orres (ils les font tous très bonnes), avec bien entendu Clem, Cléo et Clélio, le père de Clem, les quatre Clés ne cessèrent de rire, gigoter et « ventriloquer », comme ils disaient, sous l’œil dubitatif de Cléo.

  Le lendemain, les enfants avaient tous perdu leurs dons de ventriloque. Au matin, un magnifique arc-en-ciel, exceptionnel en cette saison, avait brillé. La brume, peut-être ?

Note de l’auteur : cette histoire est vraie de bout en bout, même les noms. A moins que…

Mais cette première est trop longue pour le petit bulletin , voici donc la version plus courte être publiée ci-dessous :

UN CRI A LA PATINOIRE

  Il y eut d’abord un petit cri aigu au moment où Clémence enfilait son patin gauche. C’est ainsi que tout commença pour « les trois Clés », comme se nommaient eux-mêmes Clément, Clémence et Clémentine.

  Cela continua par un nouveau petit cri perçant qui surprit un jeune et brillant patineur au point de le faire s’étaler de tout son long, contemplant d’un œil stupide son pied. Un pied, ça ne crie pas ! Et pourtant…

  Puis il y eut le même petit cri strident sur la glace alors que la machine démarrait son travail. Mais le conducteur de l’engin eut beau chercher, il ne découvrit rien.

  Le lendemain, les choses se précipitèrent. L’une des responsables crut voir le point de droite du tréma sur le e de Noël d’une des fiches devenir soudain d’un rouge brillant, puis bleu éclatant, et redevenir noir et mat après avoir scintillé un court instant sur son ongle.

  Le petit cri suraigu retentit une nouvelle fois, terrifiant un bambin de quatre ans au moment précis où il saisissait un déambulateur sur glace. L’enfant s’enfuit de la piste à quatre pattes et refusa tout net d’y remonter au grand dam de ses parents forts contrariés.

  On l’entendit encore, ce petit cri bizarre, venant d’un fauteuil du salon de thé de la patinoire comme un client corpulent s’y affalait, accompagné d’un : « Fais attention, le gros ! », qui ulcéra le brave homme.

  Il y eut ensuite « le petit diamant rouge » sur un cake qui enchanta une fillette, et dont la disparition provoqua chez elle un déluge de larmes assorti de vives réclamations d’un autre cake orné d’un « petit diamant rouge ». Cet incident provoqua étonnement et consternation chez les responsables du salon de thé qui n’avaient jamais eu en réserve de cake orné du moindre « petit diamant rouge » ni de quoi que ce soit y ressemblant.

  C’est alors que le jeune et brillant patineur se rappela l’histoire que lui avait raconté Cléo, sa deuxième maman, qui la tenait elle-même d’une conteuse de bibliothèque quelque peu, disait-elle, farceuse, « l’histoire de la Puce Camélée ». Cette drôle de puce vivait, d’après la conteuse, de l’air du temps, changeait de couleur à volonté et habitait ordinairement dans l’arc-en-ciel avec tous les siens. Elle avait choisi la bibliothèque que fréquentait enfant Cléo –Cléopâtre à l’état civil- pour son rituel voyage initiatique puis était reparti dans son pays épouser son puce Léon. Son passage avait été marqué de petits cris dans les endroits les plus insolites, d’apparitions et disparitions en divers lieux de points brillants et variant rapidement de couleur, et même de voix mystérieuses que la conteuse leur décrivait longuement.

-         Elle arrivait à nous y faire croire, concluait régulièrement Cléo en riant.

  Le jeune et brillant patineur fit part de cette étrange histoire aux « trois Clés » de qui son prénom, Clémentin, l’avait rapproché. « Mon père m’a donné ce nom en souvenir de ma mère  qui s’appelait Clémentine. Elle est morte à ma naissance, » précisa-t-il. «  Mais je préfère Clem. » De plus, une même curiosité devant tant d’événements bizarres les dévorait.

  Aussi, le soir, « les quatre Clés », comme ils se nommaient désormais, ne furent pas vraiment surpris quand cela arriva. Ils regardaient la partie de ce qu’il appelaient « le hockey-balai sur glace » quand le palet vint heurter violemment le bord juste devant eux. Un cri retentit et une petite voix s’exclama : « Ils sont fous ces humains ! » A leurs pieds, un petit point vert scintillait. On les vit s’accroupir, converser à voix basse, gratter la glace, puis ils s’en allèrent.

  Pendant les quatre jours qui suivirent, il ne se passa plus rien d’anormal à la patinoire. Mais plusieurs fois, les parents de Clem d’abord, ceux de Clément le deuxième jour, de Clémence le troisième et le quatrième de Clémentine, crurent entendre une petite voix inconnue. Les enfants leur affirmèrent qu’ils s’amusaient à jouer les ventriloques. Le jour de Noël, comme parents et enfants goutaient de quelques crêpes, selon une habitude bien établie, dans quelque restaurant des Orres (ils les font tous très bonnes), avec bien entendu Clem, Cléo et Clélio, le père de Clem, « les quatre Clés » ne cessèrent de rire, gigoter et « ventriloquer », comme ils disaient, sous l’œil dubitatif de Cléo.

  Le lendemain, les enfants avaient tous perdu leurs dons de ventriloque. Au matin, un magnifique arc-en-ciel, exceptionnel en cette saison, avait brillé. La brume, peut-être ?

Note de l’auteur : la chienne de Clem se nomme Clébarde, le chat de Clément, Clémenceau, 

                             le lapin de Clémence, Clérambart, la femelle hamster de Clémentine, Clématite.

                             Cette histoire est vraie de bout en bout, même les noms. A moins que…

Cette histoire a été créée pour un petit journal local il y a quelques années. La première version étant trop longue, il m'a fallu la réduire, et faire la deuxième version.  Ce faisant, j'ai pu ne pas supprimer ce qui a trait à l'origine de cette Puce Camélée. Car la conteuse qui avait conté cette histoire à Cléo (personnage de fiction, encore que...) c'est moi quand j'étais conteuse presqu'à plein temps au Biblioclub de Vanves. J'y suis arrivée dès le début, en 1976. J'en parle quoique sans le nommer, dans l'article précédent, "Un fonctionnement de conteur". J'en suis partie en 1994, mais ceci est une autre histoire.

Or, quand j'étais encore au Biblioclub dans les années 80, Maguy était encore la directrice, a paru un livre d'Anne-Marie Chapouton que j'avais lu aux enfants en lecture suivie (par épisodes, de mercredi en mercredi), et qui m'avait beaucoup amusée, intitulé "L'année du Mistouflon". Il a été réédité en 1998. Le thème est l'apparition d'un mouton à six pattes dans une école et ce qui s'en suit. C'est ainsi que m'est venue l'idée de la Puce Camélée. Et durant plusieurs semaines, voire mois, les enfants me demandaient ce qui s'était encore passé de bizarre dans le biblioclub, exactement comme, enfant, je réclamais à ma grand-mère de nous raconter ce que sa dernière petite-fille, Fanchon (j'ai conté trois des bêtises les plus cocasses dans le récit de vie intitulé "Nanoune", un pseudo évidemment, publié dans mon dernier ouvrage écrit avec Chantal Ferdinand, "Conter aux adolescents, une merveilleuse aventure").

Plus tard, j'ai utilisé ce personnage, mais de façon théâtralisée, avec la troupe d'amateur du centre culturel de Fontenay-aux-Roses, pour annoncer au public les différents ateliers.

J'ai repris le même principe, mais cette fois en travail de conteur, pour un projet demandé par la ville de ClV qui voulait une façon ludique de présenter sa saison (au demeurant fort intéressante) culturelle et artistique prochaine le 10 septembre prochain. Ils font un travail important autour du conte. Troupe d'amateurs, "La caravane des contes" durant plusieurs années avec des professionnels, Praline Gay-Para en résidence pour effectuer une "collecte" puis un spectacle fait en utilisant ces collectes de gens vivants et présents. Ce type de travail est devenu la grande mode de certains groupes de conteurs. Pour les "collecteurs", les chercheurs, collecter des histoires, qu'il s'agisse de récits de vie ou de contes, c'était recueillir certes des histoires, vraies ou légendes, les écrire et, si possible, les publier. Mais pas en faire un spectacle avec tous les risques de dérives immaginables. Les initiateurs de ce nouveau sens du mot "collecte" avaient beaucoup de respect pour leurs donateurs, que ce recueil de récits ait été fait oralement ou à partir d'écrits peu ou pas connus. Mais les dérives sont trop tentantes. Combien de fois ai-je entendu une création excellente lors de mes formations. S'agissant d'adultes, je me suis refusée de piller mes stagiaires. J'ai accepté en revanche les découvertes d'une histoire ou d'une version de conte inconnue et intéressante. Mais j'ai donné en échange, comme d'ailleurs tout formateur se doit ou se devrait de faire. Et j'ai toujours signalé mon emprunt. J'ai même repris, dans "Conter pour les petits - La trame", un conte inventé par des CE1. Mais je le dis et donne même l'histoire inventée par la classe dans son intégralité.

Les idées des autres nous en donnent. Je parle d'ailleurs de ce problème dans "Conter pour les petits". On s'approprie l'idée de l'autre d'une manière pas forcément consciente. Ainsi, c'est bien l'idée d'Anne-Marie-Chapouton qui est à l'origine de la mienne pour la Puce Camélée. Mais le personnage est tout autre. Et je le reconnais. Cela ne m'appauvrit pas, au contraire ! Mais reprendre l'idée d'un mouton à six pattes dans le biblioclub m'aurait paru choquante... même si elle m'a tentée !

Quant à la manière d'utiliser ma Puce pour présenter une saison culturelle, voir l'article suivant.