Trois semaines après que vingt-cinq conteurs se soient mobilisés, nous recevons cette information de Médecins du monde. N'hésitez pas à la relayer.

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

1

avril 2010

HAITI

,

3 MOIS APRèS LE SéISME

© Sophie Brändström

Je m’appelle Eugène. Avant le séisme j’étais comptable mais

mon bureau s’est effondré et je n’ai plus de travail. J’étais en train

de construire une maison. Elle s’est écroulée, je vis donc sous une

tente, avec ma femme, sa soeur, ma nièce et mes deux enfants, qui

heureusement étaient en province le 12 janvier. Mon frère est mort sous les

décombres. Si mes enfants oublient plus vite, pour moi c’est difficile…

J’ai été élu responsable du camp d’Afca, où 4 000 personnes survivent

dans moins de 700 tentes. Alors que le camp est saturé, de nombreuses

personnes s’y installent encore pour rejoindre leurs proches.

La vie ici est invivable. La chaleur sous les tentes est insupportable et

lorsqu’il pleut, malgré les bâches, nous sommes mouillés. Seule de l’eau

non potable est distribuée et il n’y a quasiment plus aucune distribution

de nourriture, alors que le prix des denrées a énormément augmenté.

On ne veut pas rester ici, mais où aller ? Où trouver du

travail, de l’argent pour nourrir notre famille, de l’eau ?

Le 12 janvier il n’y a pas que la terre qui a tremblé mais toute la

société haïtienne. Le séisme a détruit la ville qui était le centre de

notre vie, ses magasins, ses écoles, ses infrastructures... »

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

2

Une urgence

qui perdure

En touchant de plein fouet la capitale Port-au-Prince et ses environs, le

séisme du 12 janvier a provoqué la mort de plus de 220 000 personnes

et blessé 300 000 autres, sur une population totale estimée à 10 millions

d’habitants.

Plus de 200 000 maisons ont été détruites ainsi que la grande majorité des

infrastructures. Le tremblement de terre a ravagé un pays déjà fragilisé, le

plus pauvre des Amériques.

Avant le séisme, plus de la moitié de la population vivait sous le seuil international

de pauvreté (moins de 1,25 $ par jour), 65 % de la population était

au chômage et l’espérance de vie ne dépassait pas 61 ans.

3 mois après la catastrophe,

la situation à Haïti relève toujours de l’urgence.

© Lam Duc Hien

©

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Haïti, 3 mois après le séisme

3

1/

à Port-au-Prince,

la survie pour plusieurs

centaines de milliers de

personnes

Les routes de la capitale ont été déblayées depuis quelques semaines,

pourtant la ville reste comme figée, les maisons ayant conservé la forme

que leur a donnée le séisme. Sur de nombreux bâtiments de la ville, on

peut toujours lire, à côté d’une croix rouge, l’inscription « A démolir ».

Tous les sinistrés ayant perdu leur maison ou qui ont trop peur de retourner

y dormir s’entassent dans de minuscules tentes, regroupées dans

des camps improvisés. Sur chaque bout de terrain, dans les rues, les

jardins, sur les places ou les terrains de sport, des milliers de tentes sont

ainsi sorties des décombres. Des tentes, le plus souvent construites de

bric et de broc, des bâches qui protègent du soleil mais pas de la pluie

ou des draps en guise de murs et de toits.

Sur le 1,3 million de personnes sans abri à Haïti, plus de 700 000 sont à

Port-au-Prince, installées dans plus de 400 campements d’hébergement.

Des camps de fortune où les conditions de vie relèvent de la survie.

Les sinistrés qui s’y entassent sont encore aujourd’hui très vulnérables :

accès limité à l’assainissement, à l’eau et à la nourriture. Dans ces conditions,

les maladies induites par la promiscuité et le manque d’hygiène prolifèrent.

Et c’est sans compter l’arrivée d’ici quelques semaines de la saison des

pluies qui risque d’aggraver la précarité de leur quotidien. Lorsque les

premières pluies se sont abattues sur la ville, l’eau et la boue se sont

déversées dans les camps, entrainant d’importants risques de glisse

ments

« Avec l’arrêt progressif de l’aide internationale, conjuguée à l’arrivée de

la saison des pluies, nous nous préparons à augmenter le volume de nos

activités », souligne Marc van der Mullen, coordinateur du programme

d’urgence de MdM.

3 mois après le séisme, Médecins du Monde dispense toujours quotidiennement

des soins gratuits dans 8 quartiers de Port au Prince, particulièrement

affectés par le tremblement de terre : Mariani, Solinos, Fort

National, Carrefour Feuille, Cité Georges, Canapé Vert, Afca et le site

d’Automeca, près de l’aéroport.

« T ous nos dispensaires sont situés au sein des quartiers les plus sinistrés

et chacun d’entre eux couvre un camp d’hébergement et ses environs,

soit entre 10 000 à 15 000 personnes », explique Marc.

Médecins du

Monde dispense

quotidiennement

des soins gratuits

dans 8 quartiers

de Port au Prince.

« Avec l’arrivée

de la saison des

pluies, nous

nous préparons

à augmenter le

volume de nos

activités ».

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Haïti, 3 mois après le séisme

4

Une prise en charge globale

Sous les grandes tentes installées au coeur des camps, chaque équipe

d’une dizaine de personnes, tous Haïtiens, assurent chaque jour

- des consultations de médecine générale

Plus de 5 500 consultations de santé primaire sont réalisées chaque semaine

pour les populations des 8 camps et leurs environs. A l’image du camp de

Carrefour Feuille, sur les hauteurs de la ville, où le Dr Dorvil Oldolph reçoit

chaque jour, avec un second médecin, 100 à 150 patients par jour.

« C haque jour nous voyons de plus en plus de monde, informés par

l’existence de cette clinique qui propose des soins et des médicaments

gratuits, explique ce médecin haïtien, d’abord volontaire venu renforcer

les premières équipes d’urgence de MdM avant d’être engagé par

l’association. Nous soignons principalement des pathologies liées aux

conditions de vie précaires dans les camps : des infections respiratoires

et cutanées comme la gale, des diarrhées, des fièvres et des infections

gynécologiques ou des IST… Mais aussi des pathologies chroniques

comme l’hypertension. Je suis très inquiet par l’arrivée de la saison

des pluies, les inondations risquent d’augmenter fortement les cas

d’infections, de diarrhées et de paludisme chez les sinistrés », confie-t-il.

A côté, Caroline, l’une des 4 infirmières s’occupe exclusivement des

pansements. Au début, nous réalisions beaucoup de pansements liés

aux blessures provoquées par le séisme ou des soins post opératoires.

Aujourd’hui, ce sont le plus souvent des enfants qui se blessent dans les

camps ou des accidents de la route. Si nous sommes confrontés à des

cas graves, nous les transférons vers les différents hôpitaux de la ville.

Dans 7 de nos

dispensaires,

nous avons

mis en place

un dépistage

nutritionnel.

© Sophie Brändström

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Haïti, 3 mois après le séisme

5

- des vaccinations

Comme dans chaque dispensaire, Gerta, infirmière chargée de ce volet,

vaccine chaque jour dans la salle d’attente de la clinique de Carrefour Feuille,

environ 30 femmes enceintes ou jeunes enfants contre le tétanos, la coqueluche,

la tuberculose, le BCG, la rubéole ou la rougeole.

- le dépistage de la malnutrition

dans 7 de nos dispensaires, nous avons mis en place un dépistage nutritionnel

et nous référons les cas les plus graves vers d’autres structures assurant

une prise en charge, explique Catherine Vang, infirmière de l’équipe expa

triée

depuis début mars, nous avons identifiés 5 % d’enfants souffrant de malnu

trition

- un volet de santé reproductive

(planning familial, consultations gynécologiques,

d’accouchement (gants, rasoirs, savon…) aux femmes en fin de grossesse

pour qu’elles l’utilisent lors de leur accouchement dans les hôpitaux, sinon

elles devraient acheter chaque élément. MdM assure également la distribution

de 800 moustiquaires aux femmes enceintes, les plus vulnérables face

à la malaria.

- un soutien psychosocial

intégrant des consultations individuels et des

Zoom sur les activités de soutien psychosocial

Une équipe d’une cinquantaine de travailleurs communautaires, tous Haïtiens,

se rendent chaque jour de la semaine dans un ou deux de ces camps :

4 travailleurs sociaux font le lien entre les sites et les structures de soins et 6

équipes de 6 animateurs animent des ateliers de jeux pour les enfants mais

aussi des entretiens et des groupes de parole pour les adultes.

Et pour diffuser le plus largement possible l’information, 8 crieurs sillon

nent

pour informer la population de l’existence de ces cliniques gratuites où il

est possible de faire vacciner ses enfants…L’occasion également de faire

FoK Nou Pale !

« En créole

il faut parler !

, ça

elle se fraye difficilement un

chemin entre les tentes du camp

d’Automeca qui regroupe plus

de 11 000 personnes. « Ne

négligez pas votre santé ! Les

cliniques MdM ne sont pas

que pour les blessés mais pour

tout le monde, fille et garçon,

petits et grands, et pour les

femmes enceintes aussi ! »

Et lorsqu’elle est interpellée

par un habitant d’une tente,

Magna distribue des post-it sur

lesquels figurent le lieu et les

horaires de consultations. »

20 %

des consultations

sont à présent

liées à la santé

reproductive.

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

6

passer des messages de prévention sur l’hygiène, les contraceptifs mais

aussi sur les IST, les violences et le soutien psychosocial…

Alerte sur la recrudescence des cas de violences

sexuelles

« D ans les trois hôpitaux avec lesquels nous travaillons là-dessus, depuis

10 jours, nous constatons une hausse des cas de violences sexuelles »,

explique Marion De Saint Blancart, référente psychosociale pour Médecins

du Monde. « Et dans les 8 camps que nous couvrons, depuis 1 semaine,

il ne se passe pas un jour sans que nous ne recueillions une victime de

violences sexuelles, souvent très jeune, entre 2 et 24 ans ».

La grande promiscuité qui règne dans les camps, la précarité des conditions

de vie, les latrines souvent isolées sont autant de risques pour les femmes

et les fillettes, population particulièrement vulnérables en situation de crise.

La mixité de populations peut se révéler également un risque supplémentaire.

Ainsi, sur le site d’Automeca, autrefois connu pour être le quartier des

enfants des rues, ces derniers côtoient aujourd’hui les détenus échappés

de la prison centrale qui s’est effondrée. « Au-delà des conditions de vie, les

personnes sont traumatisées, elles n’ont plus les réflexes de défense qu’elles

pouvaient avoir avant », souligne Marion. » Et d’un autre côté, la perte de

repères, l’immense frustration, poussent aujourd’hui certains hommes à

l’acte. Ils ne sont plus rien et sont donc sont prêts à n’importe quoi ».

Conscient de ces risques, l’association a décidé de réinvestir cette problématique,

sur laquelle elle travaillait depuis plusieurs années. Sur chaque camp,

« Les personnes

sont traumatisées,

elles n’ont plus les

réflexes de défense

qu’elles pouvaient

avoir avant ».

© Sophie Brändström

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

7

les animateurs diffusent des messages de sensibilisation sur les viols et les

violences contre les femmes. Les soignants sont également appelés à être

particulièrement vigilants lors de leurs consultations. Si la prise en charge des

cas de viols n’est pas possible au niveau des cliniques mobiles, la victime est

référée et accompagnée rapidement (avant 72h) vers un des trois hôpitaux

partenaires, qui disposent du protocole de prise en charge (pilule du lendemain,

traitement post-exposition au VIH, IST). L’association y assure l’approvisionnement

des médicaments et la supervision des soignants qui prendront

en charge les victimes.

Le chantier de la santé mentale

La population haïtienne est et sera durablement affectée. A chaque réplique

ressurgissent la peur, les insomnies et les crises d’angoisses. « Ils ressentent

des secousses qui n’existent pas et au moindre choc, au moindre

bruit, on les voit soit bondir soit se figer de peur », témoigne Mendelson,

l’un des animateurs. Ils souffrent également de dépressions et, selon leurs

propres termes, « restent pensifs », c’est-à-dire qu’ils ressassent leur douleur

et les moments atroces qu’ils ont vécus.

Le tremblement de terre a également révélé d’importantes psychoses,

surtout chez les adolescents, qui peuvent montrer des signes de schizophrénie,

poursuit Marion. De nombreuses personnes encore hébétées

et sous le choc, sortent enfin de chez elles. Mais après 3 mois, ces cas

relèvent aujourd’hui de la psychiatrie, or les structures de prise en charge

sont quasi inexistantes en ce moment.

L’avenir ? Ils ne l’envisagent même pas. Ils n’ont aucun projet et vivent au

jour le jour, dans l’angoisse de l’arrêt de l’aide humanitaire, particulièrement

des distributions de rations alimentaires, conclut-elle.

Un soutien pour les enfants et les adultes

Comme chaque matin, dans le camp d’Automeca, l’heure est aux jeux.

Sous de grandes tentes, les animateurs de MdM accueillent les enfants du

camp. D’un côté de la tente, c’est atelier dessins. Accéus, travailleur social,

explique que « Juste après le séisme, les enfants dessinaient des maisons

détruites et des corps à terre. Les jeux et les dessins les occupent, leur permettent

d’exprimer ce qu’ils ressentent. Cela nous permet aussi de détecter

les enfants qui restent dans leur coin ou qui ne parlent à personne, à qui nous

portons une attention particulière. » De l’autre côté de la tente, les garçons

optent plutôt pour le « freestyle », comprenez des ateliers d’improvisation,

le plus souvent de rap. « La terre a tremblé, les autres nations sont arrivées

et nous devons maintenant lutter pour reconstruire notre pays et reprendre

notre vie » improvise un des jeunes garçons devant un groupe d’enfants qui

l’applaudissent, chacun passant à tour de rôle.

Pour les adultes, des entretiens individuels et confidentiels ont été mis en

place dans une tente adjacente. Mendelson est l’un des animateurs communautaires

qui reçoit chaque jour une quinzaine de personnes. « N ous les

écoutons lorsqu’ils ont besoin de parler. Beaucoup sont encore traumatisés.

Ils ont peur que tout cela recommence, de vivre une nouvelle catastrophe. Ils

paniquent dès que la terre bat à nouveau et je pense que ces séquelles vont

durer... Et ils sont très préoccupés par leur devenir. Les femmes sont aussi

très inquiètes, elles ne se sentent pas toujours en sécurité dans le camp ».

Lorsque l’un d’entre eux nécessite une prise en charge plus importante,

Mendelson les réfère vers les hôpitaux partenaires dans lesquels Médecins

du Monde travaillait déjà sur la santé mentale.

« La plupart des

Haïtiens n’arrivent

pas à prononcer

le mot séisme

ou tremblement

de terre. Ils ne

doivent pas

seulement

faire un deuil

personnel, celui

de leurs proches

disparus, mais

aussi un deuil

général, de leur

vie, de leur pays

d’avant » souligne

Marion De Saint

Blancart, référente

du programme

psychosocial.

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

8

Un travail de groupe

A quelques pas, Catherine anime deux fois par jour des groupes de parole. Elle

travaille depuis 3 ans pour Médecins du Monde et était déjà, comme nombre

d’animateurs de l’équipe, animatrice sur le programme de MdM contre les

violences. « Beaucoup souffrent de problèmes de mémoire. Ils ne se souviennent

plus ce qu’ils ont fait toute la première semaine, un grand blanc… Mais ils

se souviennent de chaque détail du 12 janvier. Ils racontent qu’ils ont d’abord

entendu le bruit, un énorme grondement. Puis tout a bougé, ils ont eu l’im

pression

silence, un immense calme. Souvent ils se sont alors assis, sous le choc, avant

d’entendre les bâtiments se fissurer lentement puis tomber », raconte-t-elle.

Aujourd’hui ils évoquent leurs conditions de vie et parlent beaucoup de

leurs inquiétudes quant à l’avenir. « Sans travail, ils ne font qu’attendre

et s’inquiètent pour leur avenir, de trouver un travail, une école pour leur

enfant, les maris sont sous pression car ils doivent trouver chaque jour

suffisamment d’argent pour nourrir leur famille… » poursuit Catherine. »

Ces groupes leur permettent de débloquer la parole, de les décomplexer,

d’extérioriser…et de commencer à surmonter la douleur principalement

pour leurs enfants qui se relèvent plus vite. »

Anne Urtubia, coresponsable du programme de MdM en Haïti insiste sur l’in

dispensable

culturelles. « Etant donné le nombre démesuré de personnes affectées par le

séisme, qui souffrent aujourd’hui de traumatismes post-séisme et qui développent

des syndromes de répétition, nous devons nécessairement être dans

une approche de groupe. C’est toute une population qui a souffert, c’est tout

un tissu social qui a été mis à mal, les Haïtiens doivent donc se reconstruire

individuellement mais aussi dans une démarche collective ».

« Etant donné

le nombre

démesuré de

personnes

affectées par

le séisme [...]

nous devons

nécessairement

être dans une

approche de

groupe ».

© Sophie Brändström

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

9

L’enjeu : Les nouveaux camps de relocalisation

Afin d’assurer une prise en charge globale des sinistrés, Médecins du

Monde intègre, au-delà des soins physiques et mentaux, un volet protection.

« C oncrètement, nous surveillons l’accès aux soins des plus

vulnérables, l’évolution de la situation de sécurité dans les camps et les

violences faites aux femmes mais aussi les propositions d’aide qui pourront

être faites aux sinistrés » explique Dominique Curis, chargée de protection

pour Médecins du Monde.

Le gouvernement haïtien, en lien avec la communauté internationale, élabore

actuellement un plan de relocalisation visant à désengorger la capitale

en déplaçant les sinistrés vers des camps situés à l’extérieur de la ville,

souvent à plus de 10 kms. « Mais ces personnes risquent d’être totalement

isolées, entièrement dépendantes de l’aide humanitaire et sans aucune

perspective pour l’avenir. A cela s’ajoute la peur pour ces personnes de

perdre, en s’éloignant de la capitale, le terrain sur laquelle était construite

leur maison. Et pour le moment aucune solution (indemnisation, proposi

tion

leur est proposée », poursuit Dominique Curis.

MdM restera vigilant et suivra l’évolution de la situation et des conditions

dans lesquelles seront mises en place ces relocalisations : respect de la

sécurité, de la dignité des personnes et du caractère volontaire de ces

déplacements, « pour éviter », selon Dominique, « que ne se reproduise

l’expulsion violente d’un site privé de Canapé vert, il y a un mois ».

En fonction des besoins sanitaires identifiés sur ces nouveaux camps et

des conditions de relocalisation, MdM pourra être amené à y assurer un

suivi médical tout en surveillant les conditions de vie dans les camps.

Mais avant de proposer la relocalisation, les autorités et la communauté

internationale cherchent à convaincre les sinistrés de retourner vivre dans

leur maison si les bâtiments ont été déclarés sûrs. Car selon les estimations,

environ 40 % des personnes qui vivent dans les camps spontanés ont un toit

mais ne veulent pas retourner y dormir, souligne Dominique. Les autorités

proposent également comme solution alternative de trouver un hébergement

chez leurs proches ou de camper à côté de chez eux. La relocalisation

dans les camps doit rester la dernière solution possible, conclut-elle.

« Nous

surveillons

l’accès aux

soins des plus

vulnérables,

l’évolution de

la situation de

sécurité dans

les camps et les

violences faites

aux femmes

mais aussi les

propositions

d’aide qui

pourront être

faites aux

sinistrés ».

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

10

2/ Un exode massif :

600 000 déplacés dont

120 000 à Grande Anse

Dans les jours qui ont suivi la catastrophe, de milliers d’Haïtiens ont fui

Port-au-Prince et sa région pour rejoindre les zones rurales. Au total, on

estime à 600 000 le nombre de déplacés à Haïti.

Au sud-ouest de l’île, le département de la Grande Anse a accueilli en

moins de 3 mois plus de 120 000 personnes pour une population initiale

d’environ 400 000 habitants. Avec 30 % de personnes supplémentaires,

c’est le premier département d’accueil de déplacés

En traversant la ville de Jérémie, capitale de la Grande Anse, on ne croise aucun

camp d’hébergement, comme on peut le voir à Port-au-Prince. Car les déplacés

ont rejoint le département pour trouver refuge dans leur famille. En grande

majorité, ils sont arrivés par bateaux mis à disposition par le gouvernement.

Aujourd’hui, la situation est critique et la pression sur les familles d’accueil

est énorme car d’une part, ces familles ne reçoivent plus le soutien financier

envoyé par les membres de leurs familles qui travaillaient à Port au Prince et,

d’autre part, elles doivent nourrir plus de personnes. Chaque famille accueille

entre 3 à 10 personnes, dans une situation de précarité renforcée, souligne

Thérèse Benoit, membre du programme de MdM à Grande Anse.

Après plus d’une heure de route chaotique on atteint le centre de soins de

Prévillé, l’un des 10 centres de santé soutenus par Médecins du Monde,

situé au milieu des montagnes.

Rapide sondage en arrivant dans la salle d’attente. Combien d’entre vous

accueillent des déplacés ? Quasiment la moitié des patients lèvent la

main…Et qui a fui Port au Prince après le tremblement de terre? L’autre

moitié lève la main.

Pour faire face à cet afflux de patients, le programme de Médecins du

Monde de Grande Anse a été renforcé dès le 17 janvier, date de l’arrivée

du 1er bateau de déplacés. Dans un premier temps une clinique mobile

avait été mise en place sur le port de Jérémie.

Aujourd’hui, MdM propose des soins gratuits dans 10 centres de

santé du département, dans lesquels l’association avait, pour 8 d’en

tre

gratuité a été étendue à l’ensemble de la population et sera assurée

par Médecins du Monde jusqu’à la fin de l’année 2010.

Depuis la mise en place de la gratuité totale et l’arrivée des déplacés, le

nombre de consultations dans le centre de Prévillé est passé de 259

consultations au mois de décembre à 920 en février, atteignant même

le chiffre de 1 325 pour le mois de mars. « Parmi ces patients, plus de

30 % sont des déplacés », explique Jean Kith Dely, coordinateur médical

du programme de MdM. « Les principales pathologies constatées chez

les déplacés sont des infections cutanées comme les dermatoses et des

hypertensions artérielles qui peuvent être liées au stress. »

Dinia, 34 ans,

accueille

c’est difficile et encore plus de

trouver de la nourriture pour

tout le monde. Nos récoltes

ne sont pas suffisantes et les

prix ont vraiment augmenté.

Avant pour 1 mesure d’huile

je devais payer 12 gourdes,

aujourd’hui c’est 20 gourdes.

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

11

Parallèlement, pour désengorger les centres de soins souvent

débordés et toucher les personnes les plus isolées, deux cliniques

mobiles ont été mises en place et tournent dans 13 petits villages du

département.

Pour atteindre ces villages enclavés, les équipes médicales de

avertis de leur venue par mégaphone la veille. Chaque équipe d’infirmières

assurent en moyenne 100 consultations par jour (infections respiratoires

aigues et cutanées, fièvres, gastrites…), dont 20 % auprès de déplacés.

« Enfin, une attention particulière est portée au dépistage de la malnutrition,

l’affluence de déplacés exerçant une pression considérable sur les

ressources de la région », insiste Jean Kith. Souvent importés de Port au

Prince, beaucoup de produits de première nécessité se sont raréfiés et ont

vu leurs prix augmenter.

« C ette hausse des prix, conjuguée au nombre croissant de personnes à

nourrir, nous font craindre une aggravation des poches de malnutrition dans

les mois à venir, en particulier chez les enfants », explique Jean Kith. « D ans

chaque centre, nous dépistons donc systématiquement tous les enfants de

6 mois à 5 ans ».

Dans une petite salle au fond du dispensaire de Prévillé se trouve la cellule

de prise en charge des enfants souffrant de malnutrition sévère. Ceux-ci ont

été identifiés par l’un des 56 agents de santé communautaires, formés par

MdM, qui sillonnent les villages entourant les centres de soins pour dépister

les enfants de moins de 5 ans et référer les cas les plus graves vers les

centres pour une prise en charge. Celle-ci consiste essentiellement par du

Plumpy Nut, expliquent Andrea et Suzy, infirmières chargées de ce volet. A

base d’arachide cette pâte est très riche en protéine et assure des résultats

impressionnants. Chaque enfant, en fonction de son poids, doit avaler 1 à

5 sachets par jour pendant une durée de 3 à 8 semaines, avec un suivi tous

les 15 jours. Actuellement nous recevons chaque jour une dizaine d’enfants

atteints de malnutrition aigue sévère, soulignent-elles.

MdM a également renforcé ce volet à l’hôpital de Jérémie et une veille

nutritionnelle sera mise en place sur plusieurs communes du département,

dans les 10 centres MdM et dans 4 autres centres dans lesquels MdM

n’intervient pas.

Produits Ancien Prix en Gourdes

(50 Gourdes = 1 euro)

Prix au mois de février

Sac Farine 2000 3450

Sac Riz (25 Kg) 975 1400

Galon Kérosène 160 300

Galon Gazoil 150 225

Ika, 54 ans,

attend avec sa

Après le séisme, ma fille est

venue de Port au Prince avec

ses deux enfants. Mais depuis

le tremblement de terre, elle

est folle, elle parle toute seule

tout le temps. Sa maison s’est

effondrée et elle a subi un gros

traumatisme. Et les deux petits

sont restés un moment sous les

décombres. Avant c’était ma fille

qui nous envoyait de l’argent,

environ 1000 gourdes par

mois. Mais aujourd’hui elle est

devenue une charge pour nous.

Nous sommes 9 dans la maison

et nous n’avons vraiment pas de

quoi les nourrir. Comme je suis

aveugle, je ne peux pas travailler.

Pour survivre, je cueille des

feuilles que nous mangeons....

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

12

L’enjeu : Le retour des déplacés

Le séisme a montré à quel point tout était centralisé à Port-au-Prince.

Pour lutter contre cette centralisation extrême, le gouvernement haïtien a

donc fait part de sa volonté de stabiliser les déplacés dans les provinces

mais cela nécessite de développer des projets de développement sinon

ils repartiront pour trouver du travail à Port-au-Prince. Un phénomène que

nous commençons déjà à observer, témoigne Thérèse Benoit.

Sous un grand chapeau noir, Délice, 32 ans raconte qu’elle a fuit Port-au-

Prince 5 jours après le séisme, avec le 1er bateau affrété gratuitement.

« Je suis arrivée avec 3 de mes enfants de 2, 3 et 5 ans. Mon

mari a été blessé par le tremblement de terre et est aujourd’hui

handicapé, il ne peut plus travailler. Il est resté vers Port au

Prince avec ma 1ère fille de 12 ans qui a, elle aussi, été blessée

au poignet par la chute d’un gros bloc de béton. Je suis venue

rejoindre mes parents ici. Nous vivons à 15 dans une maison de

3 pièces. Je n’ai pas d’argent, je n’ai rien à donner à manger à

mes enfants. Ce sont souvent des voisins ou des amis qui nous

dépannent ou bien j’achète à crédit. Je pense revenir bientôt à Port

au Prince parce que la situation est vraiment trop difficile ici ».

Tout comme Waldy, 26 ans, qui a fui Port-au-Prince dès le mois de janvier

pour rejoindre ses parents. Elle vient consulter au centre pour des blessures

provoquées par la chute de sa maison le jour du tremblement de terre.

Le cou gonflé et tuméfié, elle raconte qu’elle repartira dès qu’elle sera

guérie pour retravailler et gagner de l’argent. Le restaurant qui l’embauchait

s’est écroulé, elle devra donc retrouver un travail.

© Sophie Brändström

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

13

3/ (Re)construire

le système de sa nté en

privilégiant la gratuité

« Si ce séisme doit permettre quelque chose, c’est de reconstruire autrement

le pays, et particulièrement le système de santé en créant un véritable

service public, efficace et équitable » martèle Ernesto Bafile, coordinateur

de Médecins du Monde à Haïti.

Le séisme du 12 janvier a jeté à terre un système de santé déjà en grande

difficulté et inéquitable : le pays présente les taux de mortalité infantile

(57/1 000 naissances vivantes) et de mortalité maternelle (630/100 000

accouchements) les plus élevées de la région. Seules 6 % des femmes

les plus pauvres accouchent dans des centres de santé contre 78 % des

femmes plus aisées.

La mobilisation des bailleurs internationaux doit donc permettre d’investir

massivement dans une réforme et un renforcement du système de santé,

poursuit Ernesto Bafile. Cet investissement passe par la reconstruction des

structures de soins, par le soutien et la formation des ressources humaines…

mais il est également indispensable de rendre ces services de santé

accessibles financièrement à l’ensemble de la population.

Or, le système de paiement à l’acte (paiement par le patient de chaque

consultation, des médicaments et des analyses en laboratoire) qui prévalait

avant le séisme excluait 47 % de la population du système de soins. Entre

le prix d’une consultation et le prix des médicaments, un Haïtien devait

payer entre 50 et 250 gourdes (soit 1 à 5 euros) pour un salaire minimum

de 1 000 gourdes par mois.

Suite au séisme, le gouvernement haïtien a décrété la gratuité des soins

pour tous pendant 3 mois. Presque toutes les structures médicales publiques

et de nombreux établissements privés ont prodigué gratuitement

des soins médicaux, les médicaments et les analyses complémentaires

restant le plus souvent payants. Ce décret devrait prendre fin le 12 avril,

une éventuelle reconduction est en cours de débat. Mais après ?

Le système de paiement à l’acte risque d’être réactivé or la population

haïtienne, précaire et fragilisée, est incapable financièrement de payer ses

soins et ses traitements et nous risquons de reproduire le même système

qu’avant, alerte Ernesto Bafile.

Pour faire face aux besoins immenses qui perdurent, le gouvernement

haïtien doit recevoir les moyens d’assurer l’accès aux soins médicaux

pour tous. Les ressources financières nécessaires au fonctionnement

des structures de santé doivent aujourd’hui être assurées par les bailleurs

internationaux.

Les 10 milliards de dollars d’aide promis par la communauté internationale

lors de la conférence de New York, le 31 mars dernier, doivent permettre de

financer et de mettre en oeuvre cette politique de gratuité. Mais la situation

actuelle, loin d’être stabilisée, nécessitera un effort durable des bailleurs.

6 %

des femmes

les plus

pauvres

accouchent

dans des

centres de

santé contre

78 % des

femmes plus

aisées.

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

14

Médecins du Monde appelle à prolonger la gratuité des soins au moins,

dans un premier temps, pour les femmes enceintes et les enfants de moins

de 5 ans. Et pendant cette durée, un travail devra être réalisé pour trouver

des pistes innovantes permettant de mettre en place un système universel

et équitable, garantissant un accès aux soins à l’ensemble de la population

haïtienne, conclut Ernesto Bafile.

A Jérémie, nous faisons depuis 3 ans

la preuve de l’efficacité de la gratuité

des soins »

Jean-Kith Dely, coordinateur médical du programme de MdM à

Grande Anse

Depuis 3 ans, nous menons, en coordination avec les autorités

sanitaires du département de la Grande Anse et le Ministère

de la Santé, un projet expérimental qui permet aux femmes

enceintes et aux enfants de moins de 5 ans de pouvoir

bénéficier gratuitement des soins de santé primaires.

Concrètement, nous soutenons 8 centres de santé pour mettre

en place cette gratuité, c’est-à-dire que nous leur fournissons les

médicaments que les patients auraient dû payer et nous rémunérons

le personnel (auxiliaires de santé, personnels d’entretien...),

normalement rémunéré par la vente de ces médicaments.

Une étude de MdM menée en 2009 montre que la gratuité

permet une amélioration considérable de l’accès aux soins. Le

nombre de consultations a été ainsi multiplié par quatre.

Notre objectif est donc de faire la démonstration concrète que

la gratuité accordée aux femmes enceintes et aux enfants

de moins de 5 ans est plus efficace et nous poussons pour

ce que ce dispositif soit étendu au niveau national.

Suite à son intervention d’urgence dans l’hôpital général d’Haïti, MdM projette

d’y intervenir à nouveau en soutenant le département chirurgical d’orthopédie

et de pédiatrie (dotations en matériel, réhabilitation et formations).

MdM est également en cours de négociation avec le ministère de la Santé et

la direction de l’hôpital pour le soutenir à plus long terme mais cette décision

dépendra de l’évolution de la situation et de la politique de reconstruction de

l’hôpital qui sera mises en place, précise Marc van der Mullen, coordinateur

du programme d’urgence. Une des options serait de créer un pôle mère

enfant

et leur intégration dans l’hôpital ; l’objectif étant de permettre un accès aux

soins de qualité pour les femmes enceintes et les enfants.

« Le nombre

de consultations

a été multiplié

par quatre ».

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

15

Médecins du Monde,

après 3 mois d’urgence

10 dispensaires sous tentes

installées par MdM à Port au Prince dans 9

5 équipes de cliniques mobiles

sur 30 lieux (Port au Prince, Cité Soleil

5 500 consultations

de soins de santé primaires et

1 600 consultations

prénatales

assurées par semaine pour MdM France (Port au Prince et

800 interventions chirurgicales

(parages de plaies, gestion des fractures...)

réalisées à l’hôpital général de Port-au-Prince dont seules 5 % d’am

putations.

6 hôpitaux soutenus

(Hôpital universitaire de Port au Prince, Choscal à

14 cliniques

étatiques soutenues (Petit Goâve et Grande Anse)

30 unités de prise en charge de la malnutrition

soutenues (Grande Anse

7 délégations internationales de Médecins du Monde mobilisées

sur le terrain (MdM Belgique, Canada, Espagne, France, Grèce, Portugal

et Suisse)

498 personnes travaillent aujourd’hui pour MdM en Haïti

dont 449 haïtiens et 49 expatriés

> MdM France : 215 Haïtiens et 20 expatriés

> MdM Canada : 165 Haïtiens et 5 expatriés

> MdM Suisse : 40 Haïtiens et 6 expatriés

> MdM Espagne : 17 Haïtiens et 7 expatriés

> MdM Grèce : 10 Haïtiens et 5 expatriés

> MdM Belgique : 3 expatriés

> MdM Portugal : 2 Haïtiens et 5 expatriés

© Sophie Brändström

Médecins du Monde - avril 2010 -

Haïti, 3 mois après le séisme

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DISPOSITIF D’URGENCE

Dès le lendemain du tremblement de terre, les équipes, principalement haïtiennes,

de Médecins du Monde sont intervenues pour prendre en charge les

blessés et rétablir l’accès aux soins. Cette réponse d’urgence a été rendue

possible grâce à la présence de nos équipes sur le terrain, travaillant sur des

programmes long terme en Haïti et en République dominicaine.

Le dispositif d’urgence s’est concentré autour de quatre éléments

principaux :

• la chirurgie d’urgence pour prendre en charge les blessés du tremblement

de terre

• l’accès aux soins pour les personnes sans-abri installées dans des camps

improvisés et pour les déplacés internes

• des activités de prévention (sur l’hygiène, les IST, les violences…)

• un soutien psychosocial dans les camps de sans-abri

Le point sur les dons reçus

et les dépenses engagées

Avril 2010 : 5,8 millions d’euros ont été collectés

par Médecins du

• Dons privés : 5,20 millions

• Subventions publiques : 660 000 euros dont 300 000 d’ECHO

Médecins du Monde n’a pas souhaité recevoir de fonds de la Fondation de

France. MdM a avec ses donateurs une relation directe et de confiance.

Plus de 2 millions d’euros ont été dépensés par Médecins du Monde France

sur le première phase d’urgence en moins de trois mois, somme qui atteindra

vraisemblablement 5 millions d’euros pour l’année 2010. L’association,

présente en Haïti depuis 20 ans est engagée pour plusieurs années dans la

reconstruction de l’accès aux soins en Haïti.

A ce jour, le réseau international de Médecins du Monde a reçu au

total 10,8 millions d’euros.

UN ENGAGEMENT DANS LA DUREE

Médecins du Monde est présent en Haïti depuis 1985, une présence qui

perdurera au-delà de l’intervention d’urgence liée au séisme. L’association

intervenait sur de nombreuses problématiques sanitaires dans différentes

régions du pays :

• à Port au Prince avec un programme de prise en charge des victimes de

violences.

• à Cité Soleil, à l’hôpital de Choscal, un programme VIH et de planification

familiale

• à Jérémie, dans la région de Grande Anse, un programme garantissant

la gratuité des soins de santé primaires dans 8 centres de soins pour les

femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.

• à Petit-Goâve et Grand-Goâve, via un programme de soins de santé pri

maires

• En 2008, via des programmes de secours dans la région Gonaïves et

Grande Anse pour assurer un accès aux soins pour les populations affectées

par les cyclones.

© Sophie Brändström

nous soignons ceux que le monde oublie peu à peu

Contact presse

Annabelle Quénet

Florence Priolet

Laure Antoine

w

www.medecinsdumonde.org

01 44 92 14 31 / 14 32 / 15 23

06 09 17 35 59

infoMdM@medecinsdumonde.net

et de malnutrition pour les enfants de moins de 5 ans.

Monde France

et Petit Goâve)

Cité Soleil, Notre Dame de Petit Goâve, Hôpital Saint Antoine de Jérémie

et 2 hôpitaux (Hôpital de la Paix et Bernard Meuvs) sur le volet violences à

Port au Prince

Le volet chirurgical a pris fin le 22 février.

Jérémie),

et Grande Anse)

quartiers qui couvrent 140 camps improvisés

afin améliorer la fluidité entre la maternité et le service de pédiatrie

femme, ses deux petits-enfants

dans les bras, souffrant tous

les deux de malnutrition aigue.

MdM marchent 2 à 3 heures dans les montagnes, transportant matériels et

médicaments à dos d’âne. Une fois arrivées, elles s’installent, le plus souvent

sur la place du village pour proposer des consultations gratuites aux habitants,

depuis deux mois trois de

ses proches qui ont fui Port

au Prince : sa belle soeur et

les deux enfants de sa soeur

ainée. Celle-ci a été amputée

suite au tremblement de terre

et espère venir à son tour

pour rejoindre sa famille et ses

enfants : Avant nous vivions à

7, aujourd’hui nous sommes

10, dans une maison qui ne

compte que 3 chambres.

Alors nous nous tassons mais

eux, mis en place la gratuité des soins pour les femmes enceintes

et les enfants de moins de 5 ans. Pour faire face à l’urgence, la

de plan de reconstruction ou clarification des critères de propriété) ne

approche communautaire, tout en tenant compte des spécificités

que c’était la fin du monde, que la terre se renversait… puis un grand

fait du bien, venez nous voir

dans les cliniques », répète sans

cesse Magna, une des 8 crieurs.

Magna travaillait avec Médecins

du Monde avant le tremblement

de terre et sensibilisait déjà les

communautés aux violences

faites aux femmes. Après le

séisme, elle est revenue travailler

comme crieuse dans les camps.

Munie de son mégaphone,

les camps et ses alentours, équipés de mégaphones et d’affiches

groupes de parole pour les populations des camps.

consultations pré et post natales).

Dans le dispensaire du camp d’Afca, Myriam, sage-femme de MdM,

reçoit chaque jour une dizaine de femmes. Depuis le séisme, nous

voyons de nombreuses femmes qui viennent consulter parce qu’elles

sont confrontées à des troubles menstruels, dus au choc.

Annie, 26 ans, vient consulter pour un test de grossesse qui s’avèrera positif.

Enceinte pour la première fois, elle restera impassible à l’annonce de la

nouvelle. « Il est probable que nous la revoyons d’ici quelques semaines

souffrant d’une hémorragie suite à un avortement qu’elle aura provoqué.

Des cas très fréquents en raison de l’illégalité de l’avortement à Haïti »

déplore Vanessa Pini, sage-femme référente.

Depuis la mise en place de volet, 20 % des consultations sont à présent

liées à la santé reproductive. Pour la majorité d’entre elles, ces femmes

n’étaient pas suivies avant le séisme mais depuis la mise en place de la

gratuité, elles viennent consulter, analyse Vanessa. Avant, elles devaient

tout payer. Par exemple lorsque nous leur prescrivions des examens, elles

ne revenaient jamais parce qu’elles devaient les régler, or la majorité ne le

pouvait pas, complète Myriam. Aujourd’hui nous donnons même des kits

modérée et 1 % de sévère. Pour beaucoup d’entre eux,il s’agit d’une

aggravation d’une situation antérieure au séisme.

chargée de la supervision des activités. Sur les 400 enfants dépistés

de terrain pour les quartiers situés à flanc de collines.

Sophie Brändström

1,3 millions de personnes sont sans-abri et la saison des pluies va

encore détériorer leurs conditions de vie, déjà trop précaires. Si la phase

aigüe de prise en charge des blessés est terminée, les besoins humanitaires

et sanitaires restent colossaux en particulier pour ces sans-abri et les milliers

de déplacés interne. Avec un système de santé qui a été entièrement jeté à

terre, l’aide à la reconstruction et aux soins devra s’inscrire dans la durée.

Médecins du Monde, présent depuis 20 ans dans le pays, s’engage sur le

long terme auprès du système de santé haïtien et poursuit son action auprès

des sinistrés à Port au Prince, Petit Goâve et dans la Grande Anse.