M A R I O C H K A   P O U R   L E S   G R A N D S

                                                                                  Création à partir de 5  poupées gigognes

  Dans la grande forêt russe, toute de sapins verts foncés et de bouleaux aux feuilles vert tendre et aux troncs blanc d’argent, il y avait une ferme. Dans cette ferme, vivait toute une petite famille.

  Ce matin-là, Papa s’était levé très tôt pour aller au marché de la ville, les marchés d’autrefois où les fermiers venaient vendre ce qu’ils avaient semé, récolté, préparé, et acheter ce dont ils avaient besoin pour la ferme. Pour bien vendre et bien acheter, il fallait arriver de bonne heure au marché. Papa aurait dû partir. Mais il hésitait. Personne ne semblait encore levé. Et si sa petite dernière, la coquine, la polissonne, la friponne de Mariochka, se réveillait la première, comme cela lui arrivait souvent, et s’il n’y avait personne pour la surveiller ? Elle ferait des sottises, comme d’habitude. Peut-être même qu’elle se blesserait.

   A ce moment-là, Grand-Mère sortit de sa chambre.

         (montrer la poupée russe « grand-mère », les autres restant cachées à l’intérieur)

-         Grand-mère, dit Papa, tu arrives à point. Pendant que je vais au marché, vendre ce que j’ai semé, récolté, préparé, et acheter ce dont j’ai besoin pour la ferme, surveille bien, dès son réveil, cette coquine, polissonne, friponne de Mariochka.

        Qu’elle n’aille pas sur la route, où les voitures pourraient l’écraser,

      dans le puit, où l’eau pourrait la noyer,

      dans mon atelier où il y a les outils qui coupent et qui piquent.

-         Oui, le père, répondit la grand-mère. Je surveillerai bien cette coquine, polissonne,

friponne de Mariochka.

  Et le père partit au marché, vendre ce qu’il avait semé, récolté, préparé, et acheter ce dont il avait besoin pour la ferme.

  Alors la grand-mère se dit :

-         Ce que c’est que de vieillir ! J’ai oublié que je dois aller chercher tout de suite la laine que la voisine a dû finir de filer, afin d’avoir le temps de terminer mon tricot pour ce soir.

  A ce moment-là, Maman sortit de sa chambre.

         (sortir la poupée Maman, de la poupée Grand-Mère que l’on reconstitue et garde dans la même main -

                                                    les tenir en vis-à-vis et agiter un peu celle qui parle sur le rythme de la parole)

-         La mère, dit la grand-mère, tu arrives à point. Pendant que je vais chercher la laine que la

voisine a dû finir de filer afin d’avoir le temps de terminer mon tricot pour ce soir, comme je l’ai promis, surveille bien, dès son réveil, cette coquine, polissonne, friponne de Mariochka.

  Qu’elle n’aille pas sur la route où les voitures pourraient l’écraser,

         (tourner Grand-Mère du côté extérieur, du côté de la main qui la tient, bras tendu vers « la route »)

dans le puit où l’eau pourrait la noyer,

         (tourner Grand-Mère de l’autre côté, bras tendu, vers « le puit »)

dans l’atelier où il y a les outils qui coupent et qui piquent.

         (amener Grand-Mère devant soi, bras tendu, vers « l’atelier »)

-         Oui, Grand-Mère, répondit la mère. Je m’occuperai bien de cette coquine polissonne,

friponne de Mariochka.

  Et la grand-mère partit chercher la laine chez la voisine.

         (poser la grand-mère de façon à ce qu’elle reste bien visible du public et passer la mère dans la main

                                                                                                                                                         ainsi libérée)

  Alors la mère pensa :

-         Ce que c’est que d’être mal réveillée ! J’ai oublié que je dois aller dans le poulailler ramasser les œufs pour l’omelette de ce soir tout de suite, avant que les poules aient commencé à les couver, ou ils ne seront plus bons à manger.

  A cet instant-là, la servante rentra de l’étable où elle avait trait la vache, recueilli son lait.

         (sortir la poupée servante de la poupée mère que l’on reconstitue et garde dans la même main –

                            les tenir en vis-à-vis et agiter un peu celle qui parle sur le rythme de la parole)

-         Servante, dit la mère, tu arrives à point. Pendant que je vais dans le poulailler ramasser

      les œufs pour l’omelette de ce soir avant que les poules aient commencé à les couver,

      surveille bien, dès son réveil, cette coquine, polissonne, friponne de Mariochka.

        Qu’elle n’aille pas sur la route où les voitures pourraient l’écraser,

         (tourner la mère du côté extérieur, bras tendu vers « la route »)

      dans le puit où l’eau pourrait la noyer,

         (tourner la mère de l’autre côté, bras tendu, vers « le puit »)

      dans l’atelier où il y a les outils qui coupent et qui piquent.

         (amener la mère devant soi, bras tendu vers « l’atelier »)

-         Oui, la mère, répondit la servante. Je m’occuperai bien de cette coquine, polissonne,

friponne de Mariochka.

  Et la mère partit dans le poulailler ramasser les œufs.

        (poser la mère à un autre endroit que la grand-mère, bien visible du public elle aussi, et passer la servante 

                                                                                                                                         dans la main ainsi libérée)

Alors la servante songea :

-         Ce que c’est que de faire plusieurs choses en même temps ! J’ai oublié que je dois aller

       tout de suite faire cuire le pain, tant que la pâte est bien levée, bien gonflée, et le four

       bien chaud. Sinon, il sera dur, mal cuit, raté, immangeable.

  Mais voilà qu’Anna, la sœur aînée, sortit de la chambre des enfants.

         (sortir la poupée Anna de la poupée servante que l’on reconstitue et garde dans la même main -

                                            les tenir en vis-à-vis et agiter un peu celle qui parle sur le rythme de la parole)

-         Anna, dit la servante, tu arrives à point. Pendant que je vais faire cuire le pain, tant que la

        pâte est bien levée, bien gonflée, et le four bien chaud, surveille bien, dès son réveil cette

      coquine, polissonne, friponne de Mariochka.

        Qu’elle n’aille pas sur la route, où les voitures pourraient l’écraser,

         (tourner la servante du côté extérieur, bras tendu vers « la route »)

      dans le puit, où l’eau pourrait la noyer,

         (tourner la servante de l’autre côté, bras tendu vers « le puit »)   

        dans l’atelier où il y a les outils qui coupent et qui piquent.

         (amener la servante devant soi, bras tendu vers « l’atelier »)

-         Oui, servante, répondit Anna. Je surveillerai bien cette coquine, polissonne, friponne de

Mariochka.

  Et la servante partit au fournil, l’endroit où se trouvait le four, pour faire cuire le pain.

         (poser la servante dans un autre endroit que la grand-mère et la mère, bien visible

                                du public également, et passer Anna dans la main ainsi libérée)

  Alors Anna soupira :

-         Ce que c’est que d’être un enfant. Tout le monde me commande et personne ne dit la même chose. Moi, j’ai ordre d’aller, ce matin-même, chercher les baies dans la forêt, les fraises, les framboises, les myrtilles, les airelles, les mûres, les prunelles, et tous ces petits fruits qu’on ne trouve que durant le court été russe, avant que les enfants du village ne les aient tous cueillis. C’est mon travail aussi.

  Elle réfléchit :

-         Quand je me suis levée, Mariochka dormait encore.

         (amener Anna sur l’épaule opposée)

Elle est toujours roulée en boule, bien cachée sous son édredon, sa couette. Elle dort profondément.

         (faire regarder Anna « dans la chambre » par-dessus son épaule)

J’ai le temps d’aller ramasser quelques baies.

  Et Anna partit pour la forêt. Elle ramassa des fraises, des framboises, des myrtilles, des airelles, des mûres, des prunelles et tous ces petits fruits qu’on ne trouvait alors qu’en été.

        (faire « promener » Anna devant soi – lui faire « ramasser des baies »)

  Quand elle s’aperçut que le soleil était chaud. Il était haut dans le ciel.

         (faire « regarder » Anna vers le « soleil »)

Le temps avait passé. Mariochka devait être réveillée depuis longtemps. Anna courut à la maison.

         (faire revenir Anna vers soi)

Elle regarda dans la chambre. Il y avait toujours la grosse boule sous l’édredon, la couette. Mariochka était-elle malade ?

         (amener Anna sur l’épaule opposée – la faire regarder « dans la chambre »)

Anna souleva l’édredon, la couette.

         (relever un peu Anna, comme si elle soulevait « l’édredon »)

Ce n’était pas Mariochka qui faisait la grosse boule. C’était un coussin, pour faire croire que c’était Mariochka.

         (ramener Anna devant soi, face au public)

Anna chercha dans toute la maison,

         (faire exécuter à Anna un petit cercle devant soi)

de la cave

         (faire exécuter à Anna ce même cercle, mais plus bas)

au grenier,

         (faire exécuter à Anna le même cercle, mais plus haut)

sans oublier le jardin.

         (faire exécuter à Anna un cercle plus grand, à la hauteur du premier)

Mariochka n’y était pas.

         (ramener Anna devant soi)

  Elle alla voir sur la route. Pas de Mariochka écrasée.                                                                

         (tourner Anna du côté extérieur, bras tendu vers « la route »)

  Elle regarda dans le puit. Pas de Mariochka noyée.

         (tourner Anna du côté opposé, bras tendu vers « le puit »)

  Elle fouilla l’atelier. Pas de Mariochka, ni coupée, ni piquée, ni tranchée.

         (amener Anna devant soi, bras tendu vers « l’atelier »)

  Quand la servante revint.

         (passer Anna dans l’autre main tout en allant chercher la servante avec la main libérée)

  -    Alors, Anna, t’es-tu bien occupé de cette coquine, polissonne, friponne de Mariochka, en

        mon absence ?

-         Aïe ! Aïe ! Aïe ! Servante ! Mariochka, elle a disparu. Et je ne sais pas où elle est passée. Et tu sais comment il est, le père, ton maître. Il n’est pas méchant, d’habitude. Mais il l’aime tellement sa Mariochka que, de colère, il est capable de me donner une fessée que je ne pourrai pas m’asseoir pendant trois jours. J’ai trop peur. Je préfère me cacher sous ton tablier.

  Et voilà Anna cachée sous le tablier de la servante.

         (remettre la poupée Anna dans la poupée servante)

Quand la mère revint.

         (passer la servante dans l’autre main tout en allant chercher la mère avec la main libérée)

-         Alors, Servante, t’es-tu bien occupé de cette coquine, polissonne, friponne de Mariochka en mon absence ?

-         Aïe ! Aïe ! Aïe ! la mère ! Mariochka, elle a disparu. Et je ne sais pas où elle est passée. Et tu sais comment il est, le père, mon maître, ton mari. Il n’est pas méchant d’habitude. Mais il l’aime tellement sa Mariochka que, de colère, il est capable de me casser le balai sur le dos. J’ai trop peur. Je préfère me cacher sous ton jupon.

  Et voilà la servante cachée sous le jupon de la mère.

         (remettre la poupée servante dans la poupée mère)

  Quand revint la grand-mère.

         (passer la mère dans l’autre main tout en allant chercher la grand-mère avec la main libérée)

-         Alors, la mère, t’es-tu bien occupée de cette coquine, polissonne, friponne de Mariochka

en mon absence ?

-         Aïe ! Aïe ! Aïe ! Grand-Mère ! Mariochka, elle a disparu .Et je ne sais pas où elle est passée. Et tu sais comment il est, le père, le maître, mon mari, ton fils. Il n’est pas méchant, d’habitude. Mais il l’aime tellement sa Mariochka que, de colère, il est capable de me flanquer une paire de claques à me faire tinter la tête comme une cloche. J’ai trop peur. Je préfère me cacher sous ta jupe.

  Et voilà la mère cachée sous la jupe de la grand-mère.

         (remettre la poupée mère dans la poupée grand-mère)

 

  Le soir, le père rentre. Il dit :

-         Le repas est prêt. Passons donc à table. Grand-Mère, je vous en prie, prenez place.

  La grand-mère s’assoit à table.

         (poser la grand-mère bien en vue, sur un surface lisse et longue)

-         La mère, où es-tu donc ? C’est à ton tour de prendre place.

-         Je suis là, je suis là, mon mari. Je ramassais mon aiguille qui était tombée sous la jupe de la grand-mère.

         (ressortir la mère de la grand-mère que l’on reconstitue et remet en place)

  La mère s’assied à table.

         (poser la mère à côté de la grand-mère)

-         Servante, où es-tu passée ? C’est à toi de prendre place à présent.

-         Je suis là, je suis là, mon maître. Je ramassais les miettes de pain qui étaient tombées sous le jupon de la mère.

         (ressortir la servante de la mère que l’on reconstitue et remet en place)

  La servante s’installe à table.

         (poser la servante à côté de la mère)

-         Anna, où te caches-tu ? Viens prendre place .

-         Je suis là, je suis là, Papa. Je ramassais ma poupée qui était tombée sous le tablier de la servante.

         (ressortir Anna de la servante que l’on reconstitue et remet en place)

  Anna se met à table.

         (poser Anna à côté de la servante)

-         Mariochka, viens vite ! Nous passons à table. Mariochka ? Mariochka ?

Grand-Mère, où est Mariochka ?

-         J’ai dit à la mère de s’en occuper.

         (désigner la grand-mère du doigt)

-         La mère, où est Mariochka ?

-         J’ai dit à la servante de s’en occuper.

         (désigner la mère du doigt)

-         Servante, où est Mariochka ?

-         J’ai dit à Anna de s’en occuper.

         (désigner la servante du doigt)

-         Anna, où est Mariochka ?

         (désigner Anna du doigt)

-         Papa, Mariochka, elle faisait la grosse boule sous l’édredon, la couette. Elle dormait  profondément. Et il fallait que j’aille chercher des baies, les fraises, les framboises, les myrtilles, les airelles, les mûres, les prunelles, tous ces petits fruits qu’on ne trouve qu’en été et dans la forêt, avant que les enfants du village ne les aient toutes cueillies. C’était mon travail d’aujourd’hui. Alors je suis partie vite. J’ai cueilli très vite. Et je suis revenue encore plus vite. J’ai regardé dans la chambre. Il y avait toujours la grosse boule sous l’édredon, la couette. J’ai soulevé l’édredon, la couette. Ce n’était pas Mariochka qui était dessous. C’était un gros coussin. Et Mariochka, je ne sais pas où elle est passée.

-         Oh ! la coquine, la polissonne, la friponne ! s’exclama Papa. Elle vous a encore joué un de ses vilains tours, elle vous a fait une farce. Mais je sais comment la trouver.

  Et Papa se mit à appeler très fort :

-         Mariochka ! Si tu ne viens pas t’asseoir à table tout de suite, tu n’auras pas une miette du

gros gâteau à la crème et au chocolat que j’ai rapporté de la ville.

-         Mais je suis là, Papa, répondit Mariochka.

         (sortir Mariochka d’Anna que l’on reconstitue et remet en place)

     J’ai toujours été là. Dans les plis de la robe de ma sœur. J’ai même ramassé avec elle des

     baies, des fraises, des framboises, des myrtilles, des airelles, des mûres, des prunelles et

     tous les petits fruits de l’été. J’en ai mangé aussi.

  Mariochka s’assit à table

         (poser Mariochka à côté d’Anna)

et on mangea l’omelette, le pain frais, le gros gâteau à la crème et au chocolat et tous ces petits fruits qu’on appelle des baies : les fraises, les framboises, les myrtilles, les airelles, les mûres et les prunelles, plus quelques-uns dont on a oublié le nom et l’usage.

  Puis tout le monde alla se coucher.

D’abord Mariochka parce que c’était  la plus petite.

         (remettre Mariochka dans Anna que l’on reconstitue)

Ensuite Anna. Elle n’était encore qu’une enfant.

         (remettre Anna dans la servante que l’on reconstitue)

Après la servante : c’est elle qui se levait la première pour aller traire les vaches.

         (remettre la servante dans la mère que l’on reconstitue)

Enfin la mère, qui alla rejoindre le père fatigué.

         (remettre la mère dans la grand-mère que l’on reconstitue)

Et la dernière à aller se coucher, ce fut la grand-mère car, comme beaucoup de vieilles personnes, elle dormait peu.

         (ranger la grand-mère dans son sac  ou sa poche)

  Les voilà tous au lit. Bonne nuit !