L E S   T R O I S   P E T I T S   C O C H O N S   D E S   G R A N D S

  Il y avait, en Angleterre, une truie, une maman cochon, qui avait eu, à la fin de l’hiver trois petits cochons, trois petits porcelets, trois gorets, trois cochonnets.

  Les cochons grandissent plus vite que les enfants. A la fin de l’été, ils étaient déjà grandets. Leur maman leur dit :

-         Mes enfants, vous êtes maintenant assez grands pour vous débrouiller tous seuls et vivre

votre vie. Que chacun prenne une de ces trois piécettes, suive son chemin et se bâtisse

une maison. Et prenez garde au loup.

  Chaque cochonnet prit une piécette. Ils ont embrassé leur maman et ils sont partis, chacun de son côté. Quand ils sont grands, les frères et sœurs ne vivent plus ensemble.

  A la fin de l’été, on rentre la paille.

  Le premier petit cochon a rencontré un homme qui portait une botte de paille au bout de sa fourche.

-         S’il te plaît, l’homme, vends-moi ta paille.

  Et il a tendu sa piécette.

  La piécette représentait beaucoup plus d’argent que n’en valait la paille. L’homme a pris la piécette, donné la paille, et il est parti en courant.

  Et le premier petit cochon s’est bâti une maison toute en paille.

                   Le toit était en paille.

                   Les murs étaient en paille.

                   Le sol était en paille.

                   La porte était en paille.

                   La fenêtre était en paille.

                   Une maison qui se mange !

Car les cochons, comme les chevaux, les ânes, les vaches, les chèvres, les moutons et les poneys, aiment bien manger leur paille quand elle est propre et fraîche.

  Mais le premier petit cochon n’a pas eu le temps de se régaler de paille. Car voilà que passe

le loup qui  faim.

  -    Snif! Snif! Snif! La bonne odeur de petit cochon à la chair bien grasse !

  Il frappe à la porte de la maison de paille.

-         Toc ! Toc ! Toc ! Petit cochon! Petit cochon, tout gras et tout mignon! Ouvre-moi ta

porte !

-         Non ! par les poils de mon petit menton, ton, ton ! dit le premier petit cochon qui tremblait dans son pantalon.

-         Petit cochon ! Petit cochon ! Si tu ne m’ouvres pas ta porte, je vais me gonfler, je vais souffler sur ta maison de paille, je la ferai s’envoler et je te mangerai.

-         Non ! par les poils de mon petit menton, ton, ton ! répondit le premier petit cochon qui tremblait de plus en plus dans son pantalon.

  Alors le loup s’est gonflé, il a soufflé sur la maison de paille, il l’a fait s’envoler. Et le loup a mangé le premier petit cochon. Mais certains disent que le cochonnet a couru, couru se réfugier dans la maison du deuxième petit cochon.

  Quand se finit l’été, on rentre aussi le bois pour le feu.

  Le deuxième petit cochon a donc rencontré un homme qui portait, sur son épaule, un fagot de petit bois et d’épines.

-         S’il te plaît, l’homme, vends-moi ton fagot de petit bois et d’épines.

  Et il a tendu sa piécette.

  La piécette représentait un peu plus d’argent que n’en valait le fagot. L’homme a pris la piécette, donné le bois, et il est parti, sans courir mais en marchant vite.

  Et le deuxième petit cochon s’est construit une maison toute en petit bois et épines.

                   Le toit était en petit bois et épines.

                   Les murs étaient en petit bois et épines.

                   Le sol était en petit bois et épines.

                   La porte était en petit bois et épines.

                   La fenêtre était en petit bois et épines.

                   Une maison vite faite.

Car le deuxième petit cochon n’aimait que s’amuser. Et pour avoir un abri vite fait, il suffit de poser un fagot tout droit sur le sol, de serrer fort en haut avec une corde, d’écarter les branches en bas, et on a comme une tente d’indien.

  Mais le deuxième petit cochon n’a pas eu le temps de jouer. Car voilà que passe le loup qui a encore faim.

  Snif ! Snif ! Snif ! La bonne odeur de petit cochon à la chair bien tendre.

  Il frappe à la porte de la maison de petit bois et d’épines.

-         Toc ! Toc ! Toc ! Petit cochon! Petit cochon tout tendre et tout mignon! Ouvre-moi ta

porte.

-         Non ! par les poils de mon petit menton, ton, ton ! dit le deuxième petit cochon qui, lui aussi, tremble dans son pantalon.

-         Petit cochon ! Petit cochon ! Si tu ne m’ouvres pas ta porte, je vais me gonfler, me

gonfler, je vais souffler, souffler sur ta maison de petit bois et d’épines, je la ferai s’envoler et je te mangerai.

-         Non ! par les poils de mon petit menton, ton, ton ! répond le deuxième petit cochon qui,

lui aussi, tremble de plus en plus dans son pantalon.

  Alors le loup s’est gonflé, gonflé, il a soufflé, soufflé sur la maison de petit bois et d’épines, il l’a fait s’envoler. Et le loup a mangé le deuxième petit cochon. Mais certains disent que lui et son frère ont couru, couru se réfugier dans la maison du troisième petit cochon.

  Lorsque l’été est fini, on rentre également les briques, faites de terre mouillée mêlée à de paille, mises à la forme et séchées tout l’été au soleil. C’est ainsi que le troisième petit cochon a vu venir, à sa rencontre, un homme qui portait sur son dos une pleine hotte de briques.

-         L’homme, dit-il, je t’achète tes briques.

  Et il a tendu sa piécette.

  Mais la piécette représentait un peu moins d’argent que n’en valaient les briques. L’homme a donc refusé. Le petit cochon a insisté. L’homme a discuté. Le petit cochon a discuté. Et l’homme discutait. Mais les briques pesaient. Le petit cochon discutait. La piécette ne pesait pas. L’homme discutait. Mais les briques pesaient très lourds. Le petit cochon discutait. La piécette ne pesait toujours pas.

Finalement, l’homme a donné les briques, il a pris la piécette et il est parti.

  Et le troisième petit cochon s’est fait une maison toute en briques.

                   Le toit était en briques.

                   Les murs étaient en briques.

                   Le sol était en briques.

                   La porte était en briques.

                   La fenêtre était en briques.

                   Une maison solide.

  Mais voilà que passe le loup qui a toujours faim.

  -    Snif ! Snif ! Snif ! La bonne odeur de petit cochon à la chair bien ferme !

  Il frappe à la porte de la maison de briques.

-         Toc ! Toc ! Toc ! Petit cochon! Petit cochon tout ferme et tout mignon! Ouvre-moi ta

porte.

-         Non ! par les poils de mon petit menton, ton, ton ! dit le troisième petit cochon qui, lui, ne tremble pas dans son pantalon.

-         Petit cochon ! Petit cochon ! Si tu ne m’ouvres pas ta porte, je vais me gonfler, me gonfler, me gonfler, je vais souffler, souffler, souffler sur ta maison de briques, je la ferai s’envoler, et je te mangerai.

-         Non ! par les poils de mon petit menton, ton, ton ! répond le troisième petit cochon qui lui, décidément, ne tremble pas dans son pantalon. Je ne t’ouvrirai pas.

  Alors le loup s’est gonflé. Il a soufflé sur la maison de briques, qui n’a pas bougé d’un pouce.

  Le loup s’est gonflé, gonflé. Il a soufflé, soufflé si fort qu’il a fait se coucher toutes les herbes folles qui restaient encore dans la prairie. Mais la maison de briques n’a pas bougé d’un pouce.

  Le loup s’est gonflé, gonflé, gonflé. Il a soufflé, soufflé, soufflé si fort qu’il a fait s’envoler toutes les feuilles d’automne qui étaient encore dans les arbres. Mais la maison de briques n’a pas bougé d’un pouce.

  Alors le loup a reculé. Il a pris son élan et de toutes ses forces, VLAN ! il s’est jeté sur la porte de briques de la maison de briques. Il s’est fait très mal à l’épaule. Mais la maison de briques n’a pas bougé d’un pouce.

 

  Le loup s’assit et réfléchit. Et, du fond de son ventre toujours affamé, lui vint une idée. Il se mit devant la fenêtre, fit un grand sourire de loup et dit :

-         Petit cochon ! Petit cochon ! Aurais-tu peur de moi, que tu ne veux pas m’ouvrir ta

      porte ? Je ne désire rien d’autre qu’être un bon voisin et t’accueillir comme on doit

      accueillir le nouvel arrivant. Aimes-tu les navets ?

-         Oh oui ! répondit le troisième petit cochon. Ca remplit le ventre quand on a faim.

-         Eh bien, dans le champ de Monsieur Smith, il y a plein de navets, ronds, blancs et violets, croquants, à point, en ce début d’automne. Il n’y a qu’à les arracher. Mais, comme c’est un gros travail, et que je suis un bon voisin, je t’aiderai, bien que je ne mange pas de navets. A quelle heure veux-tu partir demain matin, petit cochon ?

-         A quelle heure veux-tu venir, loup ?

-         Disons sept heures ?

-         Sept heures ! Entendu loup !

  Mais le lendemain matin, le petit cochon partit une heure plus tôt, à six heures. Son grand sac sur l’épaule il alla au champ de Monsieur Smith, arracha tous les navets, les fourra dans son sac et rentra chez lui.

  A sept heures, le loup arriva, salivant d’avance.

-         Toc ! Toc ! Toc ! Petit cochon! Petit cochon! Il est sept heures. Il est temps d’aller au

      champ de Monsieur Smith.

   Mais le petit cochon ne sortit pas. Sa porte ne s’ouvrit pas. Le loup entendit juste sa voix qui disait :

-         Le champ de Monsieur Smith, j’y suis allé, loup, et j’en suis revenu. Et maintenant, j’en ai pour toute la journée à ranger tous ces navets afin qu’ils se conservent tout l’hiver et à surveiller ma soupe de navets.

-         Mais, on avait dit : sept heures du matin, dit le loup. Et il est sept heures.

-         C’est vrai, loup. Seulement je suis un lève-tôt. A six heures, j’étais déjà debout. Et comme tu ne manges pas de navets, je n’ai pas voulu t’imposer ce travail fatiguant. C’était déjà très gentil à toi de m’avoir donné ce bon renseignement. Merci, loup !

  Le loup se demandait si, par hasard, ce petit cochon pouvait oser se moquer de lui

  Il s’assit et réfléchit. Et, en se rappelant le premier petit cochon, si gourmand de paille, une autre idée lui vint. Il se mit devant la fenêtre, fit un grand sourire de loup et dit :

-         Petit cochon ! Petit cochon ! Les navets, c’est juste bon à se remplir le ventre. Mais les

pommes, c’est bien meilleur. Aimes-tu les pommes ?

-         Oh oui ! répondit le troisième petit cochon. Les pommes, ça parfume délicieusement le

ventre.

-         Eh bien, à Garden Spring, au Jardin du Printemps, il y a un pommier qui croule sous le

poids de ses pommes, dorées, juteuses, savoureuses, à point, en ce milieu d’automne. Il n’y a qu’à les cueillir. Et comme c’est un très gros travail, que je suis un bon voisin et que de temps en temps je croque une pomme (ce qui est vrai : les loups, comme les chiens et les renards, croquent un bout de fruit de temps en temps), je t’aiderai. Et puisque tu aimes te lever à six heures du matin, demain, je viendrai te chercher à six heures.

  -    Entendu, loup ! A six heures !

  Mais le lendemain matin, le petit cochon partit une heure plus tôt, à cinq heures. Son grand sac sur l’épaule, il alla à Garden Spring, au Jardin du Printemps, grimpa dans l’arbre –avec des sabots aux pattes, ce n’est pas très commode ; mais quand on veut, on peut-, et commença à cueillir les pommes.

  Seulement, les pommes, c’est plus fragile que les navets. Il faut les cueillir délicatement, les mettre dans le sac sans les cogner entre elles. Sinon, elles se marquent de tâches marrons, pourrissent et ne se conservent pas tout l’hiver. Aussi le troisième petit cochon était-il encore dans l’arbre à essayer de saisir la dernière pomme, celle qui est tout en haut, la plus près du soleil, la meilleure mais aussi la plus difficile à attraper, quand arriva le loup, tout essoufflé

et déjà l’eau à la bouche.

-         Petit cochon ! Petit cochon ! On avait dit six heures ! Il est six heures, et tu as déjà fini

      de tout ramasser.

-         C’est vrai, loup, répondit le petit cochon qui se gardait bien de descendre de son

      pommier. Mais je suis vraiment très lève-tôt. A cinq heures, j’étais debout. Et comme tu

      ne manges qu’une pomme de temps en temps, je n’ai pas voulu t’imposer un travail aussi

      fatiguant ! Mais pour te remercier de m’avoir fourni ce bon renseignement, je t’ai gardé

      la meilleure pomme, la plus haute, la plus près du soleil. Attrape, loup !

  Et le troisième petit cochon cueillit la dernière pomme et la lança très loin, très fort, dans une pente, de l’autre côté de l’arbre par rapport à sa maison. Et pendant que la pomme roulait, roulait de plus en plus vite dans la pente, tandis que le loup courait, courait derrière, le troisième petit cochon, son grand sac sur l’épaule, sautait de l’autre côté de l’arbre et, caché par le tronc, courait, courait de toutes ses forces jusqu’à sa maison.

  Quand le loup revint, hors d’haleine, très, très essoufflé, le troisième petit cochon refusa de sortir ou même d’ouvrir sa porte. Le loup entendit juste sa voix qui disait :

-         J’en ai pour toute la journée à tresser assez de claies d’osier, des étagères en tiges dures, pour disposer toutes mes pommes afin qu’elles se conservent tout l’hiver. C’est que j’en ai beaucoup ! Et c’est grâce à toi. Merci, loup.

  Et il disait cela en croquant une pomme.

  Le loup se demandait si le troisième petit cochon ne se moquait pas de lui.

  Il s’assit et réfléchit. Et, en se souvenant du deuxième petit cochon, celui qui aimait tant jouer, une nouvelle idée lui vint. Il se mit devant la fenêtre, fit un grand sourire de loup et dit :

-         Petit cochon ! Petit cochon ! Tu as maintenant toutes tes provisions pour l’hiver. Tu as

      bien le droit de t’amuser un peu. Aimerais-tu aller à la foire ?

-         Oh oui ! répondit le troisième petit cochon. On y trouve tant de choses !

-         Eh bien, demain, dans le village de Trunklings, le village de Hautes-Bruyères [littéralement, des Bruyères à Tronc], en haut de la colline, se tiendra une grande foire. Il y aura des cracheurs de feu, des chanteurs, des jongleurs, des musiciens, des acrobates,   des …

-         Y aura-t-il aussi tout ce qu’il faut pour la maison ? demanda le troisième petit cochon.

-         Tout ce qu’il faut, répondit le loup. Et puisque tu aimes te lever à cinq heures, demain je viendrai te chercher à cinq heures … Non ! quatre heures du matin. Les foires commencent à s’installer dès minuit, au plus tôt, comme tu sais. A quatre heures, ce sera bien.

-         Entendu, loup ! répondit le troisième petit cochon. Demain, à quatre heures.

   Mais le lendemain matin, il partit une heure plus tôt, à trois heures. Il monta au village de Trunklings, le village de Hautes-Bruyères, sur la colline. Il ne perdit pas de temps à regarder les cracheurs de feu, les jongleurs ou les acrobates, ni à écouter les chanteurs, les musiciens ou les conteurs. Il acheta la seule chose qui lui manquait pour achever de préparer ses provisions d’hiver. Non, pas de la crème fraîche ! Il en avait déjà. Ne me demandez pas comment. L’histoire ne le dit pas, donc je ne le sais pas. Ni du sel. Il en avait aussi. Je ne sais pas non plus comment. Mais une baratte, cette grosse boîte faite, comme un tonneau, de planches de bois tenues ensemble par des lames de fer, haute comme un petit enfant, ronde comme une bouteille, qui sert à fouetter longtemps, très longtemps la crème fraîche pour la transformer en beurre. Or si la crème fraîche moisit vite, le beurre se conserve tout l’hiver, surtout quand il est salé. Et le gras, et le beurre est gras, est nécessaire pour résister aux grands froids de l’hiver ; surtout autrefois, quand on n’avait ni poêle, ni chaudière, ni radiateurs. Donc, le troisième petit cochon redescendait, sa baratte sur l’épaule. Il se dépêchait. Il se méfiait. Il avait raison.

  Car le loup, qui lui aussi se méfiait, ne vint pas à sa maison à l’heure prévue, à quatre heures, mais une demi-heure plus tôt, à trois heures et demi. Trouvant la maison vide, il commença à monter la pente, sûr, cette fois, de pouvoir enfin dévorer l’appétissant troisième petit cochon. Il s’en léchait les babines à l’avance ! Il en oublia de regarder autour de lui. Il ne vit donc pas le petit cochon, en haut de la colline. Mais le petit cochon, lui, le vit très bien. Il chercha où se cacher.

  A la fin de l’automne, les blés sont fauchés, coupés, l’herbe coupée, les arbres dépourvus de feuilles. Où se cacher ? Le petit cochon posa sa baratte par terre et se glissa dedans. Mais la baratte, c’est rond ! Elle commença à rouler, rouler de plus en plus vite dans la pente et à sauter, sauter de plus en plus haut sur les cailloux. Ce qui provoquait un tintamarre, un vacarme, qui grandissait, grossissait, devenait assourdissant.

  Le loup, surpris, inquiet, s’arrêta et regarda. Quand il aperçut cette chose qui fonçait droit sur lui, sans peur, à la vitesse d’un bolide et dans un bruit de tonnerre, il sauta en l’air de terreur, sauvant de justesse ses pattes et sa queue. Et il s’enfuit dans la forêt où il se cacha en tremblant.

  La baratte arriva en bas. Le troisième petit cochon en sortit. Il avait la tête qui lui tournait un peu. Il rentra dans sa maison avec sa baratte.

  Quatre heures ! Le loup passa prudemment la tête. Plus de bruit. Plus de monstre tonitruant. Le loup s’approcha de la maison de briques et frappa à la porte :

-         Toc ! Toc ! Toc ! Petit cochon! Petit cochon! Il est temps d’aller à la foire de Trunklings, de Hautes-Bruyères.

  Mais le troisième petit cochon ne sortit pas. Sa porte ne s’ouvrit pas. Le loup entendit seulement sa voix qui disait :

-         La foire de Trunklings, de Hautes-Bruyères, j’y suis allé, loup, et j’en suis revenu. J’ai

      acheté la seule chose qui me manquait, une baratte. Et maintenant, j’en ai pour la journée

      à faire mon beurre.

-         En revenant de la foire, n’as-tu pas rencontré ce monstre hurlant, terrifiant, qui a essayé

      de me dévorer, moi, le loup ?

-         Ce « monstre hurlant, terrifiant », sais-tu ce que c’était, loup ? C’était moi, caché dans ma baratte ! Je t’ai fais peur, hein ! Ce que les autres vont rire quand ils sauront que toi, le grand méchant loup, tu as eu peur d’un petit cochon caché dans une baratte !

  Et le troisième petit cochon se tenait les côtes de rire.

 

  Les yeux du loup devinrent rouges de fureur. Sa moustache frémit. Ses oreilles se dressèrent.

Son poil se hérissa. Ses babines se retroussèrent.

-          Petit cochon ! Petit cochon ! gronda-t-il, je le vois, tu te moques de moi. Mais tu ne riras

pas longtemps. Je vais grimper sur le toit de ta maison de briques, je passerai par la

cheminée, je rentrerai chez toi et je te mangerai.

  Et ce qu’il avait dit, il le fit.

  Seulement, les cheminées, c’est étroit. Le loup avait du mal à descendre. Cela lui prit du temps. Le petit cochon, lui ne perdit pas le sien. Il rajouta du bois dans le feu ; il y avait toujours du feu dans la cheminée, c’était si long à allumer. Et la flamme monta plus haute, plus chaude, plus claire. L’eau se mit à bouillir dans le chaudron ; il y avait toujours un chaudron plein d’eau chaude sur le feu, c’était si long à chauffer.

  Quand le loup arriva, le petit cochon ôta le couvercle, le loup tomba dans l’eau bouillante, et le petit cochon remit le couvercle.

  Cuit ! Bouilli ! Fini, le loup. C’est le petit cochon qui l’a mangé. Avec des navets, des pommes et du beurre salé.

  Depuis ce jour-là, quand un loup venait dans le pays et qu’il entendait dire qu’il y avait un petit cochon qui mangeait les loups cuits-bouillis, avec des navets, des pommes et du beurre salé, il s’enfuyait à toutes pattes pour ne jamais revenir. Et le petit cochon a vécu désormais heureux et tranquille dans sa maison de briques.

  Ses frères ? L’histoire n’en dit rien de plus. Donc, je n’en sais rien de plus. Mais peut-être que vous, vous savez.

Conte publié en 2002 dans "Conter pour les petits - La trame" (épuisé) chez Edisud.

Demain, je publierai sur ce blog la version de ce conte la plus connue, celle pour les petits.