Jean-Pierre Radenac nous a quitté il y a un an. Ce merveilleux conteur était bibliothécaire. C'était aussi un homme aux qualités humaines précieuses.

  Il nous a quitté discrètement, comme tout ce qu'il faisait. Alors, il y a quelques semaines, la bibliothèque Sorbier, où il a beaucoup oeuvré, a organisé une sorte de commémoration. Au cours de cette réunion, nous avons entendu la voix grave et chaude de Jean-Pierre racontant l'un de ses contes préférés à des enfants. Puis plusieurs personnes ont pris la parole. Souvenirs, petits contes.

  J'avais pensé raconter un bout du "Hautbois de Neige" de Max Rouquette que Jean-Pierre m'avait fait découvrir et qui est toujours à mon répertoire, la danse du "caraque". Mais ce beau récit poétique et tragique m'a paru trop rude. En outre, il est empreint d'un racisme anti-rom habituel à l'époque, auquel je n'avais guère prêté attention tant le diable est évident sous la défroque du caraque. En général, je gomme cette personnification discriminante, je parle seulement d'un homme inquiétant. Je n'ai pas pris la parole. J'ai écouté, et je suis heureuse de ce que j'ai entendu.

  Merci à la bibliothèque Sorbier (Paris - 20°) de nous avoir permis de faire ensemble le deuil toujours difficile quand quelqu'un comme Jean-Pierre s'en va, et s'en va sans qu'on ait pu lui dire adieu.

  La vie de ce grand conteur, humble comme les vrais grands, fut rude. Puisse-t-il trouver enfin la paix.